une fois de plus, le fils du chasseur a marché dans le sang

une fois de plus, le fils du chasseur a marché dans le sang
Guinée : enquête sur le massacre du 28 septembre à Conakry
LE MONDE | 12.10.09

Fatou Mata Barry, la tête et les épaules recouvertes d'un voile blanc couleur de deuil, est sortie, pataugeant dans une venelle boueuse et malodorante de Koloma, vaste bidonville de Conakry dégoulinant sur les bords de l'océan.
Depuis dix jours, Fatou, âgée "peut-être de 18 ans", recherche son mari, croisant - d'hôpital en morgue et de caserne en commissariat - des dizaines de familles de personnes disparues lors du massacre perpétré le 28 septembre par la garde présidentielle de Moussa Dadis Camara.
Le bilan officiel, auquel personne ne croit, fait toujours état de 57 morts, dont 12 par balles.

Les autres, affirment les légistes, ont été victimes de polytraumatismes, piétinés dans l'effroi provoqué par l'irruption d'une bande de chiens de guerre au béret rouge dans le stade où l'opposition à la junte militaire tenait meeting.

"Mensonge! Il y a au moins entre 150 et 200 morts avérés, et ce n'est pas fini", tranche Mamadi Kaba, de l'antenne guinéenne de l'organisation non gouvernementale Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho). Ce que confirme Thierno Maadjou Sow, le président de l'Organisation guinéenne de défense des droits de l'homme OGDH), qui estime, en outre, le nombre de blessés à 1200.

Ce bilan est temporaire. L'OGDH continue de centraliser les informations de ses enquêteurs, ceux des partis politiques et d'autres ONG. Une petite armée de fourmis quadrille la ville pour identifier les victimes, vérifier les rumeurs sur les charniers. Chercher des traces plus efficacement qu'après la répression, en janvier et février 2007, d'une longue grève générale noyée dans le sang, par la même unité de l'armée. Bilan : 200 morts.

Vendredi 2 octobre, jour de grande prière, Fatou espérait encore vivre plus humainement son deuil. Elle était à la mosquée Fayçal, où les autorités avaient déposé une vingtaine de corps. Surmontant la nausée, elle avait scruté toutes ces dépouilles décomposées par une chaleur moite.
Puis, l'armée avait dispersé la foule dans un nuage lacrymogène. Mais elle avait pu constater qu'Ibrahima, son mari, de dix ans son aîné et soudeur de son état, n'était pas là. "Depuis, je le cherche", bredouille Fatou.

Elle ne l'a plus revu depuis les premières heures de ce pluvieux lundi. Militant anonyme, Ibrahima répondait à l'appel des partis d'opposition qui, chose inédite, ont formé une union sacrée. Un front uni incluant les puissants syndicats pour rappeler sa promesse au chef de la junte, Moussa Dadis Camara, à la tête de l'Etat depuis le 23 décembre 2008, de rendre le pouvoir aux civils.
De Kaloma, de Bambeto ou d'Hamdalaye, de tout cet axe de quartiers insoumis surnommé le Golfe persique car habité par des Peuls musulmans, des flots humains ont déferlé sur le stade du 28-Septembre. Cinquante mille ? Cent mille personnes ? Une foule miséreuse, en tout cas pacifique. Pour preuve, au regard des standards locaux, elle n'avait incendié sur son chemin qu'"un seul" commissariat.

"Au stade, la pelouse et les tribunes étaient bondées", se rappelle Sorel Bangoura, de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Les dirigeants des partis s'étaient à peine installés à la tribune, vers midi, que les premiers tirs ont éclaté. "Soudain, des camions militaires sont entrés, écrasant des gens au passage, tirant à la kalachnikov, au hasard", se rappelle Sorel Bangoura.
"L'image de ces gens qui tombent hante mes nuits, ces femmes violées sur la pelouse...", confie-t-il. C'est dans le stade qu'Ibrahima le soudeur a été vu la dernière fois par un de ses amis, mort, couché sur le sol, touché aux jambes et à la poitrine durant cette heure de tuerie.

Mais son corps a disparu. "Des informations très précises et sérieuses font état de fosses communes à Conakry", explique Mamadi Kana, de la Raddho. De nombreux témoins ont vu les bérets rouges de la garde présidentielle déposer des dizaines de corps à la morgue de l'hôpital Ignace-Dean, au soir du 28 septembre, puis les reprendre.
Pour quelle destination ? Ces fosses communes ? Ou bien font-ils partie de ces corps que plusieurs témoins affirment avoir vus, rejetés par les vagues dans une plantation bordant l'Atlantique, vers Forecariah, à 100 km de Conakry, avant d'être récupérés par une vedette de la marine ?

Souleymane Bah, lui, a miraculeusement survécu, mais il ne sauvera peut-être pas son bras. Sous le plâtre, l'infection gagne. Il a reçu un coup de poignard, et n'a pas l'argent pour les soins. "Un homme en pantalon militaire et débardeur, avec un bandeau rouge autour de la tête, me poursuivait, pour me tuer. Il portait des gris-gris que je ne connaissais pas", se rappelle ce chauffeur routier de 58 ans. Mamadou Aliou Barry, un ancien colonel de l'armée française spécialiste des questions de défense, y voit "le signe distinctif des combattants de l'ULIMO (Mouvement de l'unité libérienne) ".

Ils appartiennent au groupe ethnique minoritaire des Guerzés, ou Forestiers, qui est aussi celui du chef de la junte, Dadis Camara. Ils sont originaires du Bec de perroquet guinéen, zone adjacente au Liberia et à la Sierra Leone, où les frontières n'existent guère.
Ils avaient été recrutés, et basés hors de la hiérarchie militaire à Macenta, par l'ancien président guinéen Lansana Conté (mort le 22 décembre 2008), pour combattre son homologue libérien Charles Taylor durant le dernier conflit au Liberia (1999-2003).

"Dadis Camara a récupéré une partie d'un groupe de 200 combattants de l'ULIMO", ajoute Mamadou Aliou Barry. Le 28 septembre, ces hommes réputés pour leur barbarie étaient "menés par Toumba Diakité, l'aide de camp de Dadis Camara ", a témoigné Cellou Dalein Diallo, le président de l'UFDG, sévèrement passé à tabac lors de cette journée. Jean-Marie Doré, autre leader de l'opposition et lui-même Forestier, affirme avoir reconnu au stade des "rebelles de l'ULIMO".

Dadis Camara avait-il orchestré ce déferlement de haine et de violence, ce dont il se défend aujourd'hui ? Son aide de camp a-t-il surinterprété un ordre de "mater" l'opposition ? Mais le chef de la junte fait tout pour faire disparaître des traces qui, néanmoins, remontent lentement à la surface.
Malgré l'interdiction d'accès au stade opposée à la Croix-Rouge après le drame, malgré les menaces contre les ONG et certains journalistes guinéens, malgré la peur et le traumatisme.
"Il y a trop de témoins, et, devant l'ampleur du massacre, les langues se délieront, même dans l'armée. Elle est trop divisée entre clans ethniques, trop affaiblie par les ressentiments de certains contre les privilèges de quelques groupes, et beaucoup sont conscients que la justice finira par rattraper les coupables. Parce qu'il y aura une enquête internationale", espère Mamadi Kaba, de la Raddho.

# Posté le mercredi 14 octobre 2009 11:00

Modifié le vendredi 16 octobre 2009 12:37

je suis trés désolé, vraiment. Mais c'est pas ma faute

je suis trés désolé, vraiment. Mais c'est pas ma faute
Tirs dans la foule, femmes violées, opposants tabassés : de nombreux témoignages soulignent la violence inouïe des militaires qui ont écrasé dans le sang, lundi 28 septembre, une manifestation pacifique de l'opposition dans un stade de Conakry. Le bilan officiel fait état de 87 morts mais les opposants parlent d'au moins 157 morts.
La radio RFI a joint plusieurs témoins et membres de l'opposition qui racontent tous la même violence.

Cellou Dalein Diallo, candidat à l'élection présidentielle et leader de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UDFG), a été attaqué par les forces de l'ordre : "Ils m'ont donné des coups de pied, ils m'ont cassé des côtes, ils m'ont donné des coups de crosse sur la tête, j'ai failli perdre connaissance." Il a assuré que pendant qu'il était à terre et se faisait rouer de coups, l'un des militaires avait lancé : "On va l'achever pour en finir avec cette pagaille." Soigné dans une clinique de Conakry, il dit avoir refusé de rentrer chez lui lundi soir. Une décision heureuse dit-il sur RFI, car selon lui des militaires sont venus chez lui durant la nuit pour venir le chercher.

Abdoulaye Bineta Diallo se trouvait dans le stade parmi plusieurs dizaines de milliers de personnes lorsque les militaires ont tiré dans la foule. Il raconte à l'AFP : "L'armée a encerclé le stade, les Bérets rouges ont commencé à faire des tirs. Au départ, on a pensé que c'était pour intimider. [...] Mais les gens ont commencé à tomber, il y a eu panique, il y avait plus de 100 morts" alors que "les manifestants étaient désarmés ! [...] Les militaires ont publiquement et en pleine journée violé des femmes, les ont déshabillées et ont tiré par balles sur leur sexe", poursuit-il, bouleversé par ces actes de barbarie.
"Ça va provoquer une guerre civile car les gens ne sont pas prêts de pardonner aux militaires, ils ont dépassé les bornes."

PLUSIEURS TÉMOIGNAGES FONT ÉTAT DE VIOLS COLLECTIFS

Des témoignages recueillis par l'organisation de défense des droits de l'homme basée à New York, Human Rights Watch (HRW), confirment cette violence aveugle : "J'ai vu les hommes armés tirer directement sur la foule et tirer en l'air", raconte un témoin. "J'ai vu des Bérets rouges attraper des femmes qui essayaient de fuir, arracher leurs vêtements et toucher leurs parties intimes. D'autres ont battu des femmes, même sur leur sexe. C'était pathétique, les femmes hurlaient", décrit un autre témoin.

"Les viols ont commencé au stade. Des militaires ont violé des femmes", a confirmé Mamadi Kaba, président de la branche guinéenne de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), une ONG basée à Dakar. Selon lui, ces viols se sont poursuivis dans les casernes et les commissariats, sur les femmes arrêtées lors de la manifestation, ainsi que dans les heures qui ont suivi dans les quartiers populaires.

Toujours sur RFI, un commerçant explique que de nombreuses dégradations ont été commises à Conakry par les membres de la garde présidentielle eux-mêmes. Des soldats qui, selon lui, sont toujours présents aux carrefours.

Dans une interview à RFI, le chef de la junte a déclaré être "très désolé". Pour lui, les tirs et les viols qui ont eu lieu dans le stade du 28-septembre sont le résultat "d'un mouvement incontrôlé, même le chef de l'Etat ne peut pas contrôler ce mouvement". Dans cette interview, il a déclaré qu'il ne quitterait pas le pouvoir pour le moment mais n'a pas donné plus de précisions quant à une éventuelle candidature à la présidence guinéenne.
(le Monde, 29 Oct. 09)

Le chef de la junte en Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara, doit être jugé "pour crime contre l'humanité", à la suite de la répression sanglante du 28 septembre à Conakry, a déclaré Karel de Gucht, Commissaire européen en charge du développement et de l'aide humanitaire.

"La répression du 28 septembre a été d'une brutalité jamais vue. On est véritablement confronté à un crime contre l'humanité. Et il y a une idée de principe qui est que, partout, quand il se passe un crime contre l'humanité, ces crimes soient jugés", a-t-il expliqué.

"La justice internationale doit aussi être universelle, sinon elle perd sa crédibilité", a-t-il insisté.

M. de Gucht s'exprimait à l'issue d'une réunion Union Africaine -Union Europeenne qui a notamment évoqué les questions de paix et sécurité en Afrique, et des changements inconstitutionnels de pouvoir.

Le capitaine Camara a pris le pouvoir lors d'un coup d'état sans effusion de sang en décembre 2008, après la mort de Lansana Conté, qui dirigeait le pays depuis 1984.

L'UA a fixé au 17 octobre la date limite pour que le chef de la junte renonce à se présenter à la présidentielle prévue en janvier, ainsi que tous les membres de la junte.

"Ce que nous voulons, c'est remettre sur les rails le processus de transition en Guinée. Dans les prochaines 48 heures, le CPS devra se prononcer sur les sanctions, si les responsables de la junte ne se sont pas engagés par écrit à ne pas se présenter à la prochaine élection.
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# Posté le mercredi 14 octobre 2009 10:40

Modifié le mercredi 14 octobre 2009 11:36

la couleur du feu

la couleur du feu
c'est le moment, le moment
le loup sort du bois car le moment approche

la fin des fins
l'ultime, l'omega

le soleil chauffe les vapeurs d'essence
lentement la foret s'embrase et se consume

la foret equatoriale, orange sous les rayons obliques
se tord une derniere fois dans la lumiere mourante

une femme marche en direction de l'astre couchant
elle n'a pas de talons elle ne porte pas de fard
ses cheveux sont libres dans la brise du soir

elle ne se presse pas pourtant il est déjà si tard

# Posté le jeudi 24 septembre 2009 15:26

Modifié le mardi 06 octobre 2009 08:46

Guy Debord, Moles, Durkheim, Bourdieu, Spinoza, "L'insurection qui vient ", et ma propre dérive...

Guy Debord, Moles, Durkheim, Bourdieu, Spinoza, "L'insurection qui vient ", et ma propre dérive...
Le rapport aux objets est à situer dans un cadre culturel et social. Comme l'a démontré le sociologue Pierre Bourdieu dans « La distinction » , le choix des objets ne relève pas de décisions individuelles mais obéit à des règles de différentiation entre des groupes d'individus, sans que l'individu lui-même ne soit complètement conscient de ce déterminisme.

Les différentes pratiques de consommation dessinent les contours d'une hiérarchie sociale traversée par des rapports de domination et de pouvoir. Reflet de ces tensions, une charge symbolique est attribuée aux objets.
Au delà de sa fonction première, l'objet est un signe, il représente un statut. La montre donne pas seulement l'heure : sa qualité et son esthétique sont une indication du potentiel de l'individu qui la porte.

Pour l'industrie productrice de biens de consommation, l'acte de vente est l'acte essentiel.
Celle-ci propose à la vente une quantité d'objets considérable et sans cesse renouvelée, dont l'étalage, soumis à la loi économique de l'offre et de la demande, tente de rester en adéquation avec les besoins variables des individus.
Or l'implication de l'acheteur est indispensable, car c'est lui qui doit initier la transaction. Il convient donc de le convaincre ; c'est l'objectif de la publicité.

L'omniprésence de la publicité dans les paysages modernes ajoute une dimension cachée aux motivations des consommateurs, celle de la manipulation. La manipulation est un pouvoir auquel on est soumis sans le savoir. Les messages publicitaires sont conçus pour convaincre l'individu qu'il doit acheter, en jouant sur son système de valeurs; en d'autres termes, la publicité use de stratégies pour créer ou renforcer un besoin chez le consommateur. Le discours peut agir sur les freins qui empêchent l'individu d'acheter, ou insister sur la satisfaction qu'il retirera de son achat. L'individu parviendra ou non à décoder le message du vendeur, en isolant, s'il en a la capacité, les éléments de son discours qui relèvent de pures techniques de vente.

Le design est le processus de création d'un produit et de sa mise en forme afin de le rendre le plus attrayant possible pour le consommateur. Le sociologue Moles dégage deux axes directeurs dans la conception d'un objet. Le premier axe est purement fonctionnel, il quantifie la fiabilité du produit et sa réponse à sa fonction (la montre donne l'heure exacte, elle est facile à lire) ; Moles appelle le second axe « dimension du désir », ou design du rêve ; c'est la face irrationnelle de l'objet, sa capacité à revêtir une charge émotionnelle. Ce second axe relève de la séduction et du prestige : la montre est un objet rare, son élégance force le respect.
Moles poursuit son analyse en transposant la situation dans ce qu'il appelle « les sociétés du manque ». Là où les individus ne disposent que d'un pouvoir d'achat extrêmement faible, les valeurs de l'axe fonctionnel et celles du design du rêve sont profondément différentes de celles que l'on observe dans les sociétés de consommation. Moles parle de « désir fondamental ».

La vente, acte fondamental de la société de consommation moderne, spécule donc sur le sentiment de manque éprouvé par l'individu. Celui-ci consomme pour satisfaire des besoins de plus en plus éloignés de ses besoins primaires. Pourtant il n'est pas certain que l'individu moderne progresse vers l'accomplissement de lui-même.

L'individu consommateur évolue dans un labyrinthe complexe dont les parois sont les contraintes de son existence. Il choisit parmi les boîtes qui s'offrent à lui sur les rayonnages d'un immense supermarché planétaire : bureau, cité, appartement, voiture, télévision, téléphone portable... Chacun des objets proposés possède une fonction de représentation, une valeur symbolique bien au delà de son simple coût financier .
La possibilité pour l'individu d'accéder à ces richesses, et la frustration qui peut en découler, dépendent des capitaux économiques et culturels dont il est pourvu.

Les nouvelles technologies de communication peuplent son univers quotidien d'images virtuelles, simulacres d'objets et d'êtres lointains, soudain rapprochés à une distance intime par la numérisation. Ces simulacres déconcertent l'individu. Le proche et le lointain s'entremêlent et le sens de la réalité s'obscurcit. Sur l'écran numérique de la télévision les émeutiers de la Courneuve paraissent côtoyer les jeunes palestiniens de l'intifada dans un même univers de rage et de destruction. Les images se superposent. Ces signaux embrouillés ne facilitent pas la compréhension du spectateur, qui baigne dans une « mosaïque de cultures », selon l'expression de Moles. La culture mosaïque de l'homme moderne rassemble pêle-mêle des éléments disparates de plusieurs univers d'explication différents, sans logique de cohérence. Elle fausse ses repères et complique la nécessaire construction du sens.

La division du travail contribue à la perte de sens de l'individu en l'isolant dans sa fonction. Désorienté, détaché des formes anciennes de collectifs, il flotte en situation d'anomie. Le lien social s'affaiblissant, l'individu atomisé perd le sens des règles. Il voit ses désirs croître sans qu'aucune régulation sociale n'intervienne. Il devient sujet à ce que Durkheim appelait « le mal de l'infini », une passion sans limite, qui dans le monde moderne se traduit par une consommation compulsive d'objets.

L'industrie spécule sur cette fragilité du consommateur. Servie par le rythme soutenu des avancées technologiques, elle remodèle et sophistique toujours plus les objets proposés.
L'industrie agit sur la fonction de l'objet, mais également sur sa représentation. Puisque l'objet est un signe, l'industrie tente de canaliser la motivation des consommateurs en leur proposant des images stéréotypées sur lesquelles focaliser leurs besoins. Dans ce processus, l'image se détache de l'objet lui-même pour acquérir une existence propre. Le packaging, le design du contenant, évolue au point que l'emballage devient une véritable représentation glissée entre l'objet et le consommateur. L'emballage devient une image symbolique du besoin sur laquelle se fixe la motivation de l'acheteur.

Le packaging est donc une interface, un dispositif sophistiqué de médiation entre l'industriel et le consommateur. C'est un « vendeur silencieux », selon une expression courante des métiers de la grande consommation. Certains produits vont jusqu'à représenter un simulacre d'interaction humaine sur l'emballage ; le spahi de Banania est un exemple type chargé de l'imaginaire colonial.

La sémiologie du packaging met en évidence un univers de représentation complet avec ses codes et ses conventions : couleurs, formes, symboles, mythes. La réalité physique du produit est emballée dans l'imaginaire du packaging, qui offre une version scénarisée, mise en signes et en scène, dans le but de séduire le consommateur.
On retrouve la dualité corps-esprit mise en evidence par le philosophe Spinoza dans ce couple contenu-contenant.

Ainsi la peau de l'objet est un décor imaginaire complexe qui met en scène l'acte de vente. La stratégie du packaging fait de l'acte de vente un véritable acte de communication, un échange entre l'industriel et le consommateur. L'échange est inégal, car la fonction de séduction de l'emballage a été mise au point avec les moyens considérables dont dispose l'industrie de production de masse. Le consommateur subit cet effet de séduction, sans pouvoir en décoder les mécanismes dont il ignore le fonctionnement. C'est donc par définition une forme de manipulation.

L'emballage ultime est le spot publicitaire, produit entièrement virtuel qui concentre en quelques secondes des images de rêve conçues pour provoquer l'acte d'achat. Le consommateur n'achète pas un objet, il achète un morceau de rêve stéréotypé conforme aux attentes normatives de son groupe de référence.

Or ce rêve est conçu pour avoir une durée de vie limitée, il est vite oublié et un autre rêve prend sa place. Les phénomènes de mode plus ou moins manipulés par l'industrie renouvellent sans cesse la carte des besoins de l'individu, démontrant l'importance du rapport social dans la genèse des motivations.

Cette dimension onirique et illimitée de besoins sans cesse renouvelés, évoque la nature fondamentale du désir. « Le propre du désir étant d'être toujours en creux, traduction intraduisible de la béance originaire de l'être de l'homme » .

# Posté le samedi 04 juillet 2009 18:02

Modifié le jeudi 24 septembre 2009 16:05

Le fléau du Tamiflu

Le fléau du Tamiflu
C'est un ami médecin. Comme moi, il travaille aux UN. On est assis ensemble à la cafét.
France 24 vient d'annoncer que l'OMS est passée en phase 5: pandémie imminente.
La peste du cochon menace l'Europe chrétienne.

On rigole. Nous connaissons tous les deux, pour avoir travaillé sur des épidémies graves, les règles de l' OMS.
" Tu te rappelles le choléra a Mogadiscio?"
"Ah oui, là, c'était sérieux. 200 morts en 3 jours, rien qu'au centre ville."

On voit bien, aux maigres info que filtrent les journalistes, qu'il y a là une grande manipulation.
Une pandémie sans maladie et sans victimes.
Mais rassurez-vous: le médicament est déjà prêt.

Les caméras s'aventurent dans un sous sol géré par l'armée.
Elles nous montrent l'immense stock de Tamiflu constitué à l'occasion de la précédente allerte, qui, déjà, n'avait fait aucune victime européenne.

Et puis, à ce moment, son télèphone sonne.
Il s'éloigne, engagé dans une conversation privée qui à l'air de le captiver.

Le revoilà. Il est transfiguré. La lumière de dieu l'a touché, semble-t-il.
"C'était Genève. Ils ont besoin de moi pour l'épidémie. Il faut que j'y aille.
"Quoi? Tu ne vas pas aller perdre ton temps là-bas?"
" Ah, tu sais. C'est une pandémie. C'est trés grave. Il y a déjà des cas en Europe.
L'OMS a besoin de moi."

Inconscient de sa cuistrerie, retournant sa veste d'un geste sans craindre le ridicule, le futur spécialiste de l'OMS commence alors à ergoter sur les mesures à prendre pour éviter la contagion ici-même.

Ici, où il n'y a jamais eu, et où il n'y aura probablement jamais, 1 seul cas de grippe mexicaine.
La nouvelle peur inventée par le spectacle qui régit nos vies.

# Posté le dimanche 03 mai 2009 11:56

Le choix des armes

Le choix des armes
17 fév. 09 - 16h27 KINSHASA (AFP)
Entre objectif du désendettement et impératif du développement, la République démocratique du Congo se trouve confrontée au casse-tête du "contrat chinois", un accord de partenariat hors norme et aux conséquences incertaines.

Annoncé en septembre 2007, ce contrat prévoit un prêt chinois de quelque 9 milliards de dollars, dont six destinés au développement des infrastructures et trois à la relance du secteur minier. Ce prêt est partiellement remboursable en titres miniers.

Il prévoit la réhabilitation ou la construction de plus de 6.000 km de routes, de plus de 3.000 km de voies de chemin de fer, de deux barrages, d'hôpitaux, de logements et d'écoles à travers le pays, ravagé par des années de guerre.

Mais l'accord fait depuis des mois l'objet d'une sourde polémique à Kinshasa.
Contrat "léonin", a tonné l'opposition, tandis que les députés ont réclamé des "ajustements".

Au coeur des discussions, la "garantie" par l'Etat congolais de l'emprunt de la société de joint-venture minière (détenue à 68% par des entreprises chinoises et à 32% par la société publique congolaise Gécamines) créée pour l'occasion.

Ces dispositions préoccupent également les bailleurs de fonds, soucieux que la RDC ne contracte pas de nouvelles dettes auprès de la Chine alors que les Occidentaux envisagent d'effacer son ardoise.

Kinshasa vise en effet, via l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), l'élimination d'une large part de sa dette.

En septembre 2008, une mission du Fonds monétaire international (FMI) avait de nouveau tiré la sonnette d'alarme, demandant à la RDC de faire en sorte que "l'accord soit compatible avec la viabilité" de sa colossale dette extérieure, d'environ 11 milliards USD.

Les plus critiques font valoir que la dette risque de se creuser encore avec le contrat, le remboursement en titres miniers pouvant s'avérer difficile dans un contexte de chute du cours des matières premières.

Prise entre deux feux, la RDC veut continuer à travailler avec la Chine, sans s'aliéner les bailleurs.

"Le principe est acquis" d'apporter des changements à l'accord, indique à l'AFP une source gouvernementale congolaise, sous couvert d'anonymat.

"Il y a beaucoup de choses qui doivent être renégociées. L'accord prévoit des pénalités à l'endroit de la RDC en cas de manquement dans l'exécution du contrat, mais rien n'est prévu du côté de la Chine!", s'offusque cet officiel.

Côté chinois, on affirme pourtant que le contrat instaure une "coopération gagnant-gagnant", laissant entendre qu'aucun amendement substantiel n'est à l'ordre du jour.

S'agissant de la "garantie d'Etat" controversée, l'ambassadeur de Chine en RDC, Zexian Wu, assure à l'AFP que "l'Etat congolais n'est nullement tenu de rembourser le moindre sou en cas de difficulté" mais simplement de proposer des alternatives aux industriels.

Pour plusieurs diplomates, le gouvernement du président Joseph Kabila s'est en réalité aperçu tardivement qu'il ne pouvait se permettre de mécontenter les bailleurs de fonds.

A deux ans de l'élection présidentielle, la RDC "joue une partie difficile", relève un diplomate occidental. Qui souligne qu'au cours de sa dernière tournée africaine, achevée mardi à Maurice, le président chinois Hu Jintao n'a pas fait étape au bord du fleuve Congo.

Pour lui, "ça ressemble à un geste d'énervement vis-à-vis des Congolais".

# Posté le dimanche 25 janvier 2009 11:23

Modifié le mardi 17 février 2009 18:10

les comptes du léopart: chapitre final, qui voit la supercherie portée au grand jour

les comptes du léopart: chapitre final, qui voit la supercherie portée au grand jour
Comme la pochette de cette boîte d'allumette, qui nous rappelle la table de multiplication par 1, voici venu le temps d'ouvrir les yeux sur l'héritage de Mobutu.

Quel est le bilan de l'opération des Nations Unies la plus chère du monde?

Un jeune homme médiocre, aux competences douteuse, ouvertement manipulé par une clique de personnages sans scrupules, est désormais légalement à la tête d'un des pays les plus riches d'Afrique.

Comment en est-on arrivés là?

"Un complot international" peut-on lire dans la presse locale (cf l'article du Sniper "En république Démocratique", page 15 de ce blog).

Il y a malheureusement du vrai là-dedans, mais il faut préciser un peu.
Le terme de complot est un peu fort, il s'agirait plutôt d'une entente, une entente sur une stratégie commune entre deux personnes puissantes, pour servir les intérêts privés du premier et l'orgueil du second.

Revenons en 2004...
A cette époque, le nouveau chef de la MONUC est un ancien ambassadeur US. Brillant et charismatique, «Coco Swing» est rapidement adopté par la population congolaise qu'il sait flatter avec habileté. C'est un pur produit de l'administration américaine old-style. Son expérience aux Peace Corps lui a enseigné l'art de la fausse humilité condescendante, si utile pour charmer les populations et les manipuler en douceur.
Mais ne nous y trompons pas. Le petit homme apparait comme un personnage simple, sympa et sans arrogance. Il distribue avec largesse l'argent des bailleurs de fonds des Nations unies, au point que le budget annuel de la mission de paix dépasse le milliard de dollars américains.
Derrière cette image calculée et mise en scène avec soin se cache un individu cynique prêt à tout pour flatter son ego.

C'est à Lubumbashi que Coco S rencontre le belge Louis Michel, alors Ministre des Affaires Étrangères du royaume de Belgique.
Or, pour « monsieur Louis », le Congo n'est pas du tout un territoire neutre. Sa famille possède d'importants investissements dans la riche province du Katanga. Une situation rentable, qui remonte à la colonisation belge, et peut-être même avant... L'infâme monarchie de Léopold...

Ces deux hommes puissants décideront du sort du pays pendant les quelques jours que durera leur rencontre.
Monsieur Louis veut le fils Kabila comme président. Ses liens familiaux font de lui l'émergence politique d'un important lobby d'affaires belgo-libanais qui gère la majorité des exploitations minières du Congo.
Ce groupe d'affairistes a besoin de deux choses pour maximiser ses profits: la paix autour des sites d'extraction, et des réseaux d'écoulement stables pour sortir rapidement les denrées du pays.
Dans les années 70, la conscience politique était autre. On appelait alors ce genre de pratiques "la traite".

On murmure même qu'un des membres de cette association informelle, un ressortissant libanais proche du fils Kabila et propriétaire de nombreux commerces de luxe à Kin, serait à l'origine de l'assassinat de Mzee. Le père Kabila était trop fantasque, trop difficile à gérer. En gros, on lui a substitué son fils, avec la bénédiction des UN.

De son côté, Coco S veut des élections menées sans trop de heurts, et une stabilité qui dure juste le temps de se retirer avec majesté. Il veut un simulacre d'élection suffisamment crédible pour satisfaire les observateurs, et lui permettre de quitter son poste prestigieux de Représentant Spécial du Secrétaire General avec la gloire et les honneurs.

Que le pays ne se développe jamais ne préoccupe aucun de ces deux gentlemen.
Ce qu'il leur faut c'est une bonne dictature qui maintienne solidement l'ordre de la traite, sous un maquillage démocratique assuré par les Nations unies.

Mission accomplie. Je vous renvoie à l'article du sniper "Blue crush", page 10 de ce blog. Cet éloge de l'action de Coco S., publié par un journaliste de ses amis dans un grand magazine américain, marque un point d'orgue dans la carrière du petit bonhomme qui voulait à tous prix devenir grand.

# Posté le mardi 06 janvier 2009 15:02

Modifié le mardi 17 février 2009 18:35