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Bienvenue au pays où il fait toujours chaud...

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lazonegrise

Description :

Dans la pénombre du monde
l'éternel cauchemar se perpétue

"L'homme est une créature de lisière"

Un-cleared zone,
no-man's land,
zône interdite

Zône de non-droit

Zône grise

Le territoire de la guerre


________________

Dans la politique d’outre-mer, ils ont joué le rôle d’entrepreneurs coloniaux, de planteurs possesseurs d’esclaves, utilisant le travail forcé.

Ils ont pris à ferme domaines et charges, avec une préférence pour le recouvrement des impôts.

Ils ont financés les chefs de partis en période d’élection et les condottieri en temps de guerres civiles.

En fin de compte ils ont été des spéculateurs à la recherche de toutes les occasions de réaliser un gain pécuniaire.

Cette variété d’entrepreneurs, les aventuriers capitalistes, a existé partout.

A l’exception du commerce ou des opérations de crédit et de banque, leurs activités ont revêtu un caractère irrationnel et spéculatif, ou bien elles se sont orientées vers l’acquisition par la violence, avant tout par des prélèvements de butin : soit directement, par la guerre, soit indirectement, sous la forme permanente du butin fiscal, c’est à dire par l’exploitation des sujets.

Autant de caractéristiques que l’on retrouve souvent encore dans le capitalisme de l’Occident moderne : capitalisme des flibustiers de la finance, des grands spéculateurs, des pourchasseurs de concessions coloniales, des grands financiers.

Et surtout dans celui qui fait son affaire de l’exploitation des guerres, auquel se trouve lié, aujourd’hui comme toujours, une partie, mais une partie seulement, du grand commerce international.

Max Weber
L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme
1904

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l'honneur de l'armée française...

l'honneur de l'armée française...
C'est avec beaucoup de réserve que trois femmes tutsi témoignent du calvaire qu'elles ont vécu dans deux camps de réfugiés rwandais en 1994.

Mais lorsqu'il s'agit d'évoquer la responsabilité des militaires français, qui étaient en charge de ces camps, leur ton est résolu. Olive (leurs prénoms ont été changés) déclare :

« Pas un seul militaire français n'est parti de ces camps sans avoir violé au moins une femme. »

Elles n'hésitent pas sur l'identité de leurs bourreaux : selon elles, ce sont des militaires de l'opération Turquoise qui les ont violées. Olive, Diane et Françoise ont porté plainte en 2009 devant le tribunal aux armées de Paris, chargé de juger les actes des militaires en mission à l'étranger.

Mais lundi, coup de théâtre : leur audition, qui devait débuter ce mardi, est reportée de trois mois car le juge d'instruction chargé du dossier est indisponible pour raison de santé. L'instruction s'annonce ardue, mais les plaignantes sont déterminées à ce qu'elle aboutisse.

« Chaque soir, ils venaient chercher des filles, comme un repas »


En juin 1994, cela fait trois mois que le génocide a commencé dans ce petit pays d'Afrique centrale. La France décide d'envoyer 2 500 hommes, officiellement chargés de mettre fin aux massacres et de protéger les civils des affrontements entre les forces du Front patriotique rwandais (FPR) et du gouvernement intérimaire rwandais.

Mais selon ces trois Tutsi, le rôle des militaires français est loin d'avoir été si noble. A l'unisson, elles les accusent de viols collectifs, systématiques et quotidiens. Olive :

« Les militaires agissaient au vu et au su de tous. Ils rentraient dans les tentes pour prendre des jeunes filles. Puis, ils nous amenaient dans leur quartier militaire, où ils annonçaient à leurs collègues que nous arrivions. On était violées parfois par plus de dix militaires, avec une telle violence. Comme des animaux. Chaque soir, ils venaient chercher des filles, c'était comme un repas. »


Françoise, qui était réfugiée dans un autre camp, décrit une situation un peu différente :

« Les militaires semblaient se cacher de certains chefs, ils tentaient d'être discrets. Après avoir été violées par un ou plusieurs militaires dans la nuit, il nous arrivait de craquer et de partager notre histoire avec d'autres femmes. Et là, on se rendait compte qu'on avait subi le même sort. »

Selon elle, les premiers à commettre les viols ont convaincu leurs camarades car le temps passant, le nombre de filles violées a augmenté. Toutes trois affirment qu'aucun militaire n'a jamais pris leur défense.

Des Tutsi « découpés » à la machette sous les yeux des Français

Pour ces trois femmes, les viols n'étaient pas des actes isolés, mais ils faisaient partie d'une oppression clairement dirigée contre les Tutsi. Diane, violée à l'âge de 13 ans, affirme que les militaires ne se comportaient pas mieux avec le reste des réfugiés. Selon elle, ils étaient clairement du côté des « interahamwe », les miliciens hutus qui les pourchassaient. Elle se souvient :

« Un jour, nous étions sortis du camp pour chercher à manger. Les Français nous ont croisés et ramassés dans un camion-benne. Sur la route, nous avons croisé un groupe d'interahamwe, avec qui les militaires ont parlé.
Finalement, ils ont actionné la benne et tous les Tutsi ont été déversés par terre. Les interahamwe ont commencé à les découper à la machette sous leurs yeux. Je suis une des rescapées.
»


Elle poursuit, approuvée par Françoise :

« Ils avaient des listes à partir desquelles ils arrêtaient certains réfugiés. Ils les accompagnaient en-dehors du camp, pour les amener aux interahamwe. Ces derniers n'avaient pas le droit de rentrer dans le camp, mais les Français nous livraient directement à eux. »

« Le parquet a essayé de tuer l'affaire dans l'œuf »


L'accusation est grave, et la réaction du parquet ne s'est pas fait attendre. En juin 2010, il fait appel car il juge que les plaintes, déposées en 2009, sont irrecevables. Selon lui, les accusations de viols ne concernent que des actes isolés et ne sont pas précisément datés. La prescription de dix ans, qui s'applique à ce crime, pourrait donc être dépassée. Laure Heinich-Luijer, avocate des trois femmes :

« Le parquet a essayé de tuer l'affaire dans l'œuf car il ne s'agit pas d'exactions individuelles mais bien d'une pratique systématique. Cela met en cause la politique menée par les dirigeants français de l'époque.»

Car c'est finalement ce que retiendra en septembre 2010 la chambre d'instruction de la cour d'appel du tribunal aux armées (TAP). Dans son arrêt, elle considère que les déclarations des femmes et d'autres témoins appuient l'idée que les viols des militaires français étaient utilisés comme arme à l'encontre des femmes d'une seule ethnie, l'ethnie Tutsi. Un acte qui entre « pleinement dans la définition de crime de guerre, crime contre l'humanité ou crime de génocide ». Ces crimes étant imprescriptibles, l'instruction est bien possible.

Contacté par Rue89, le ministère de la Défense n'a pa souhaité s'exprimer, car « il ne commente jamais les décisions judiciaires ».

Pour retrouver les coupables, « il faut que l'Etat y mette du sien »

Le chemin à parcourir reste long : le juge d'instruction devra tenter de retrouver les coupables. Géraud de La Pradelle, professeur de droit et président de la commission d'enquête citoyenne (CEC) sur l'implication de la France au Rwanda, explique que cette tâche n'est pourtant pas difficile à accomplir :

« Les militaires français de l'opération Turquoise n'étaient pas nombreux et on sait où ils étaient en poste. Les coupables seraient faciles à identifier. Mais pour cela il faut que l'Etat y mette du sien, ce qui n'a jamais été le cas. »

L'objectif est pour lui plus ambitieux :

« Le but est de retrouver les militaires qui sont coupables de ces crimes. Mais cela fait partie d'une stratégie dont le but est que ces militaires, une fois retrouvés, témoignent des ordres formulés par le pouvoir en place à l'époque. Parce que c'est au pouvoir civil qu'obéit l'armée. »


Car si, politiquement, c'est le gouvernement de l'époque qui pourrait être associé à ces crimes, juridiquement seuls les militaires pourraient être poursuivis.

« Il suffit de se baisser pour ramasser des témoignages »

L'Etat français n'a jamais reconnu son implication dans le génocide rwandais et les plaintes de ce type sont très rares. Géraud de La Pradelle explique :

« Au Rwanda, il suffit de se baisser pour ramasser de tels témoignages. Mais cela n'aboutit pas à des plaintes par manque de moyens. Ce sont des procédures qui coûtent très cher. »


La pression sociale rwandaise, qui isole les femmes victimes de viols, empêche aussi encore beaucoup de victimes de témoigner.

Seule une autre plainte de ce type a été déposée, en décembre 2005. Six rescapés tutsi ont porté plainte contre X devant le TAP pour « complicité de génocide et crimes contre l'humanité ». Le parquet a plusieurs fois entravé la procédure.

Après avoir demandé au juge d'instruction chargé de l'affaire d'entendre les plaignants pour savoir si leur plainte était recevable – ce qui était le cas –, il a fait appel, considérant que seulement deux d'entre elles l'étaient. Il a aussi demandé la nullité des auditions que le juge avait réalisées au Rwanda dans le cadre de son enquête.

L'instruction, en cours, tourne cependant au ralenti : le TAP doit bientôt disparaître, le juge d'instruction chargé du dossier a été remplacé.

►Rue 89 le 29/06/2011

 
 
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#Posté le jeudi 30 juin 2011 06:31

Modifié le dimanche 03 juillet 2011 08:04

la nuit tchadienne, le fantôme des enfants morts

la nuit tchadienne, le fantôme des enfants morts 
C'est un point commun des Etats défaillants: là où la police et la justice ne jouent pas leur rôle de protection de la population, celle-ci est la proie des prédateurs de tous bords. La misère pousse les jeunes femmes à la prostitution. Les enfants, eux, sont exposés au pire.

Le matin du 31 Mai à Bangui, les corps de 2 petits enfants centrafricains sont découverts dans des cartons, à l'intérieur du RAV 4 d'un riche commerçant d'origine tchadienne.

Ces deux enfants, un garçon et une fille, ont été sacrifiés au nom d'un rite de sorcellerie qui remontre à l'âge du bronze. On cherche l'assassin.
Dans les jours qui suivent, la population de Bangui se livre machette à la main à des chasses à l'étranger tchadien. Pillages de commerces musulmans, attaque de mosquées, lynchages... Des éléments de la Garde Présidentielle, elle-même fortement noyautée par des ressortissants tchadiens «naturalisés », ouvrent le feu sur les civils.

On dénombre officiellement 12 morts.

En filigrane, c'est le pouvoir qui est en cause. La pouvoir de Bozizé est assis sur sa protection tchadienne. Jamais abordé de front dans les analyses, c'est pourtant un aspect incontournable de la problématique politique en Centrafrique : quelle est la nature réelle de cette étrange ingérence tchadienne qui avance masquée ? Jusqu'où ira l'islamisation rampante des élites ?

Maintenu délibérément dans l'ignorance par défaut d'éducation et d'information, le peuple manifeste son mécontentement comme il peut, avec les analyses qu'il peut se permettre, et le seul recours auquel reste sensible le pouvoir : la violence.
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#Posté le dimanche 05 juin 2011 08:35

Modifié le dimanche 05 juin 2011 08:52

Un homme au sol

Un homme au solLe Combattant se redresse lentement.
Ses membres lui font mal, surtout le genou droit.
 
Il branche la vision nocturne de son casque balistique. Le paysage de décombres lui apparaît dans une étrange lueur verte.
 
Il aperçoit Jorge, étendu sur le sol à quelques mètres de lui, son corps immobile, désarticulé. Le souffle de l'explosion l'a projeté sur une paroi en béton.
 
Le Combattant ouvre l'étui à la ceinture de Jorge et saisit le Glock. Jorge n'en aura plus besoin. Jamais.
 

La crosse ergonomique du Glock est immédiatement familière. Malgré les gants, le contact des doigts sur le plastique rassure et atténue le choc de la situation.

Le nuage de poussière se dissipe peu à peu.
 
Le Combattant est maintenant debout.
En boitant il se dirige vers ce qui paraît être la limite du champ de décombre.
Là-bas d'autres silhouettes s'agitent dans l'ombre et le silence.
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#Posté le mercredi 20 avril 2011 09:19

Modifié le jeudi 02 juin 2011 11:01

une fois de plus, le fils du chasseur a marché dans le sang

Guinée : enquête sur le massacre du 28 septembre à Conakry
LE MONDE | 12.10.09

Fatou Mata Barry, la tête et les épaules recouvertes d'un voile blanc couleur de deuil, est sortie, pataugeant dans une venelle boueuse et malodorante de Koloma, vaste bidonville de Conakry dégoulinant sur les bords de l'océan.
Depuis dix jours, Fatou, âgée "peut-être de 18 ans", recherche son mari, croisant - d'hôpital en morgue et de caserne en commissariat - des dizaines de familles de personnes disparues lors du massacre perpétré le 28 septembre par la garde présidentielle de Moussa Dadis Camara.
Le bilan officiel, auquel personne ne croit, fait toujours état de 57 morts, dont 12 par balles.

Les autres, affirment les légistes, ont été victimes de polytraumatismes, piétinés dans l'effroi provoqué par l'irruption d'une bande de chiens de guerre au béret rouge dans le stade où l'opposition à la junte militaire tenait meeting.

"Mensonge! Il y a au moins entre 150 et 200 morts avérés, et ce n'est pas fini", tranche Mamadi Kaba, de l'antenne guinéenne de l'organisation non gouvernementale Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho). Ce que confirme Thierno Maadjou Sow, le président de l'Organisation guinéenne de défense des droits de l'homme OGDH), qui estime, en outre, le nombre de blessés à 1200.

Ce bilan est temporaire. L'OGDH continue de centraliser les informations de ses enquêteurs, ceux des partis politiques et d'autres ONG. Une petite armée de fourmis quadrille la ville pour identifier les victimes, vérifier les rumeurs sur les charniers. Chercher des traces plus efficacement qu'après la répression, en janvier et février 2007, d'une longue grève générale noyée dans le sang, par la même unité de l'armée. Bilan : 200 morts.

Vendredi 2 octobre, jour de grande prière, Fatou espérait encore vivre plus humainement son deuil. Elle était à la mosquée Fayçal, où les autorités avaient déposé une vingtaine de corps. Surmontant la nausée, elle avait scruté toutes ces dépouilles décomposées par une chaleur moite.
Puis, l'armée avait dispersé la foule dans un nuage lacrymogène. Mais elle avait pu constater qu'Ibrahima, son mari, de dix ans son aîné et soudeur de son état, n'était pas là. "Depuis, je le cherche", bredouille Fatou.

Elle ne l'a plus revu depuis les premières heures de ce pluvieux lundi. Militant anonyme, Ibrahima répondait à l'appel des partis d'opposition qui, chose inédite, ont formé une union sacrée. Un front uni incluant les puissants syndicats pour rappeler sa promesse au chef de la junte, Moussa Dadis Camara, à la tête de l'Etat depuis le 23 décembre 2008, de rendre le pouvoir aux civils.
De Kaloma, de Bambeto ou d'Hamdalaye, de tout cet axe de quartiers insoumis surnommé le Golfe persique car habité par des Peuls musulmans, des flots humains ont déferlé sur le stade du 28-Septembre. Cinquante mille ? Cent mille personnes ? Une foule miséreuse, en tout cas pacifique. Pour preuve, au regard des standards locaux, elle n'avait incendié sur son chemin qu'"un seul" commissariat.

"Au stade, la pelouse et les tribunes étaient bondées", se rappelle Sorel Bangoura, de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Les dirigeants des partis s'étaient à peine installés à la tribune, vers midi, que les premiers tirs ont éclaté. "Soudain, des camions militaires sont entrés, écrasant des gens au passage, tirant à la kalachnikov, au hasard", se rappelle Sorel Bangoura.
"L'image de ces gens qui tombent hante mes nuits, ces femmes violées sur la pelouse...", confie-t-il. C'est dans le stade qu'Ibrahima le soudeur a été vu la dernière fois par un de ses amis, mort, couché sur le sol, touché aux jambes et à la poitrine durant cette heure de tuerie.

Mais son corps a disparu. "Des informations très précises et sérieuses font état de fosses communes à Conakry", explique Mamadi Kana, de la Raddho. De nombreux témoins ont vu les bérets rouges de la garde présidentielle déposer des dizaines de corps à la morgue de l'hôpital Ignace-Dean, au soir du 28 septembre, puis les reprendre.
Pour quelle destination ? Ces fosses communes ? Ou bien font-ils partie de ces corps que plusieurs témoins affirment avoir vus, rejetés par les vagues dans une plantation bordant l'Atlantique, vers Forecariah, à 100 km de Conakry, avant d'être récupérés par une vedette de la marine ?

Souleymane Bah, lui, a miraculeusement survécu, mais il ne sauvera peut-être pas son bras. Sous le plâtre, l'infection gagne. Il a reçu un coup de poignard, et n'a pas l'argent pour les soins. "Un homme en pantalon militaire et débardeur, avec un bandeau rouge autour de la tête, me poursuivait, pour me tuer. Il portait des gris-gris que je ne connaissais pas", se rappelle ce chauffeur routier de 58 ans. Mamadou Aliou Barry, un ancien colonel de l'armée française spécialiste des questions de défense, y voit "le signe distinctif des combattants de l'ULIMO (Mouvement de l'unité libérienne) ".

Ils appartiennent au groupe ethnique minoritaire des Guerzés, ou Forestiers, qui est aussi celui du chef de la junte, Dadis Camara. Ils sont originaires du Bec de perroquet guinéen, zone adjacente au Liberia et à la Sierra Leone, où les frontières n'existent guère.
Ils avaient été recrutés, et basés hors de la hiérarchie militaire à Macenta, par l'ancien président guinéen Lansana Conté (mort le 22 décembre 2008), pour combattre son homologue libérien Charles Taylor durant le dernier conflit au Liberia (1999-2003).

"Dadis Camara a récupéré une partie d'un groupe de 200 combattants de l'ULIMO", ajoute Mamadou Aliou Barry. Le 28 septembre, ces hommes réputés pour leur barbarie étaient "menés par Toumba Diakité, l'aide de camp de Dadis Camara ", a témoigné Cellou Dalein Diallo, le président de l'UFDG, sévèrement passé à tabac lors de cette journée. Jean-Marie Doré, autre leader de l'opposition et lui-même Forestier, affirme avoir reconnu au stade des "rebelles de l'ULIMO".

Dadis Camara avait-il orchestré ce déferlement de haine et de violence, ce dont il se défend aujourd'hui ? Son aide de camp a-t-il surinterprété un ordre de "mater" l'opposition ? Mais le chef de la junte fait tout pour faire disparaître des traces qui, néanmoins, remontent lentement à la surface.
Malgré l'interdiction d'accès au stade opposée à la Croix-Rouge après le drame, malgré les menaces contre les ONG et certains journalistes guinéens, malgré la peur et le traumatisme.
"Il y a trop de témoins, et, devant l'ampleur du massacre, les langues se délieront, même dans l'armée. Elle est trop divisée entre clans ethniques, trop affaiblie par les ressentiments de certains contre les privilèges de quelques groupes, et beaucoup sont conscients que la justice finira par rattraper les coupables. Parce qu'il y aura une enquête internationale", espère Mamadi Kaba, de la Raddho.
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#Posté le mercredi 14 octobre 2009 08:00

Modifié le vendredi 16 octobre 2009 09:37

je suis trés désolé, vraiment. Mais c'est pas ma faute

Tirs dans la foule, femmes violées, opposants tabassés : de nombreux témoignages soulignent la violence inouïe des militaires qui ont écrasé dans le sang, lundi 28 septembre, une manifestation pacifique de l'opposition dans un stade de Conakry. Le bilan officiel fait état de 87 morts mais les opposants parlent d'au moins 157 morts.
La radio RFI a joint plusieurs témoins et membres de l'opposition qui racontent tous la même violence.

Cellou Dalein Diallo, candidat à l'élection présidentielle et leader de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UDFG), a été attaqué par les forces de l'ordre : "Ils m'ont donné des coups de pied, ils m'ont cassé des côtes, ils m'ont donné des coups de crosse sur la tête, j'ai failli perdre connaissance." Il a assuré que pendant qu'il était à terre et se faisait rouer de coups, l'un des militaires avait lancé : "On va l'achever pour en finir avec cette pagaille." Soigné dans une clinique de Conakry, il dit avoir refusé de rentrer chez lui lundi soir. Une décision heureuse dit-il sur RFI, car selon lui des militaires sont venus chez lui durant la nuit pour venir le chercher.

Abdoulaye Bineta Diallo se trouvait dans le stade parmi plusieurs dizaines de milliers de personnes lorsque les militaires ont tiré dans la foule. Il raconte à l'AFP : "L'armée a encerclé le stade, les Bérets rouges ont commencé à faire des tirs. Au départ, on a pensé que c'était pour intimider. [...] Mais les gens ont commencé à tomber, il y a eu panique, il y avait plus de 100 morts" alors que "les manifestants étaient désarmés ! [...] Les militaires ont publiquement et en pleine journée violé des femmes, les ont déshabillées et ont tiré par balles sur leur sexe", poursuit-il, bouleversé par ces actes de barbarie.
"Ça va provoquer une guerre civile car les gens ne sont pas prêts de pardonner aux militaires, ils ont dépassé les bornes."

PLUSIEURS TÉMOIGNAGES FONT ÉTAT DE VIOLS COLLECTIFS

Des témoignages recueillis par l'organisation de défense des droits de l'homme basée à New York, Human Rights Watch (HRW), confirment cette violence aveugle : "J'ai vu les hommes armés tirer directement sur la foule et tirer en l'air", raconte un témoin. "J'ai vu des Bérets rouges attraper des femmes qui essayaient de fuir, arracher leurs vêtements et toucher leurs parties intimes. D'autres ont battu des femmes, même sur leur sexe. C'était pathétique, les femmes hurlaient", décrit un autre témoin.

"Les viols ont commencé au stade. Des militaires ont violé des femmes", a confirmé Mamadi Kaba, président de la branche guinéenne de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), une ONG basée à Dakar. Selon lui, ces viols se sont poursuivis dans les casernes et les commissariats, sur les femmes arrêtées lors de la manifestation, ainsi que dans les heures qui ont suivi dans les quartiers populaires.

Toujours sur RFI, un commerçant explique que de nombreuses dégradations ont été commises à Conakry par les membres de la garde présidentielle eux-mêmes. Des soldats qui, selon lui, sont toujours présents aux carrefours.

Dans une interview à RFI, le chef de la junte a déclaré être "très désolé". Pour lui, les tirs et les viols qui ont eu lieu dans le stade du 28-septembre sont le résultat "d'un mouvement incontrôlé, même le chef de l'Etat ne peut pas contrôler ce mouvement". Dans cette interview, il a déclaré qu'il ne quitterait pas le pouvoir pour le moment mais n'a pas donné plus de précisions quant à une éventuelle candidature à la présidence guinéenne.
(le Monde, 29 Oct. 09)

Le chef de la junte en Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara, doit être jugé "pour crime contre l'humanité", à la suite de la répression sanglante du 28 septembre à Conakry, a déclaré Karel de Gucht, Commissaire européen en charge du développement et de l'aide humanitaire.

"La répression du 28 septembre a été d'une brutalité jamais vue. On est véritablement confronté à un crime contre l'humanité. Et il y a une idée de principe qui est que, partout, quand il se passe un crime contre l'humanité, ces crimes soient jugés", a-t-il expliqué.

"La justice internationale doit aussi être universelle, sinon elle perd sa crédibilité", a-t-il insisté.

M. de Gucht s'exprimait à l'issue d'une réunion Union Africaine -Union Europeenne qui a notamment évoqué les questions de paix et sécurité en Afrique, et des changements inconstitutionnels de pouvoir.

Le capitaine Camara a pris le pouvoir lors d'un coup d'état sans effusion de sang en décembre 2008, après la mort de Lansana Conté, qui dirigeait le pays depuis 1984.

L'UA a fixé au 17 octobre la date limite pour que le chef de la junte renonce à se présenter à la présidentielle prévue en janvier, ainsi que tous les membres de la junte.

"Ce que nous voulons, c'est remettre sur les rails le processus de transition en Guinée. Dans les prochaines 48 heures, le CPS devra se prononcer sur les sanctions, si les responsables de la junte ne se sont pas engagés par écrit à ne pas se présenter à la prochaine élection.
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#Posté le mercredi 14 octobre 2009 07:40

Modifié le mercredi 14 octobre 2009 08:36

la couleur du feu

c'est le moment, le moment
le loup sort du bois car le moment approche

la fin des fins
l'ultime, l'omega

le soleil chauffe les vapeurs d'essence
lentement la foret s'embrase et se consume

la foret equatoriale, orange sous les rayons obliques
se tord une derniere fois dans la lumiere mourante

une femme marche en direction de l'astre couchant
elle n'a pas de talons elle ne porte pas de fard
ses cheveux sont libres dans la brise du soir

elle ne se presse pas pourtant il est déjà si tard

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#Posté le jeudi 24 septembre 2009 12:26

Modifié le mardi 06 octobre 2009 05:46

Guy Debord, Moles, Durkheim, Bourdieu, Spinoza, "L'insurection qui vient ", et ma propre dérive...

Le rapport aux objets est à situer dans un cadre culturel et social. Comme l'a démontré le sociologue Pierre Bourdieu dans « La distinction » , le choix des objets ne relève pas de décisions individuelles mais obéit à des règles de différentiation entre des groupes d'individus, sans que l'individu lui-même ne soit complètement conscient de ce déterminisme.

Les différentes pratiques de consommation dessinent les contours d'une hiérarchie sociale traversée par des rapports de domination et de pouvoir. Reflet de ces tensions, une charge symbolique est attribuée aux objets.
Au delà de sa fonction première, l'objet est un signe, il représente un statut. La montre donne pas seulement l'heure : sa qualité et son esthétique sont une indication du potentiel de l'individu qui la porte.

Pour l'industrie productrice de biens de consommation, l'acte de vente est l'acte essentiel.
Celle-ci propose à la vente une quantité d'objets considérable et sans cesse renouvelée, dont l'étalage, soumis à la loi économique de l'offre et de la demande, tente de rester en adéquation avec les besoins variables des individus.
Or l'implication de l'acheteur est indispensable, car c'est lui qui doit initier la transaction. Il convient donc de le convaincre ; c'est l'objectif de la publicité.

L'omniprésence de la publicité dans les paysages modernes ajoute une dimension cachée aux motivations des consommateurs, celle de la manipulation. La manipulation est un pouvoir auquel on est soumis sans le savoir. Les messages publicitaires sont conçus pour convaincre l'individu qu'il doit acheter, en jouant sur son système de valeurs; en d'autres termes, la publicité use de stratégies pour créer ou renforcer un besoin chez le consommateur. Le discours peut agir sur les freins qui empêchent l'individu d'acheter, ou insister sur la satisfaction qu'il retirera de son achat. L'individu parviendra ou non à décoder le message du vendeur, en isolant, s'il en a la capacité, les éléments de son discours qui relèvent de pures techniques de vente.

Le design est le processus de création d'un produit et de sa mise en forme afin de le rendre le plus attrayant possible pour le consommateur. Le sociologue Moles dégage deux axes directeurs dans la conception d'un objet. Le premier axe est purement fonctionnel, il quantifie la fiabilité du produit et sa réponse à sa fonction (la montre donne l'heure exacte, elle est facile à lire) ; Moles appelle le second axe « dimension du désir », ou design du rêve ; c'est la face irrationnelle de l'objet, sa capacité à revêtir une charge émotionnelle. Ce second axe relève de la séduction et du prestige : la montre est un objet rare, son élégance force le respect.
Moles poursuit son analyse en transposant la situation dans ce qu'il appelle « les sociétés du manque ». Là où les individus ne disposent que d'un pouvoir d'achat extrêmement faible, les valeurs de l'axe fonctionnel et celles du design du rêve sont profondément différentes de celles que l'on observe dans les sociétés de consommation. Moles parle de « désir fondamental ».

La vente, acte fondamental de la société de consommation moderne, spécule donc sur le sentiment de manque éprouvé par l'individu. Celui-ci consomme pour satisfaire des besoins de plus en plus éloignés de ses besoins primaires. Pourtant il n'est pas certain que l'individu moderne progresse vers l'accomplissement de lui-même.

L'individu consommateur évolue dans un labyrinthe complexe dont les parois sont les contraintes de son existence. Il choisit parmi les boîtes qui s'offrent à lui sur les rayonnages d'un immense supermarché planétaire : bureau, cité, appartement, voiture, télévision, téléphone portable... Chacun des objets proposés possède une fonction de représentation, une valeur symbolique bien au delà de son simple coût financier .
La possibilité pour l'individu d'accéder à ces richesses, et la frustration qui peut en découler, dépendent des capitaux économiques et culturels dont il est pourvu.

Les nouvelles technologies de communication peuplent son univers quotidien d'images virtuelles, simulacres d'objets et d'êtres lointains, soudain rapprochés à une distance intime par la numérisation. Ces simulacres déconcertent l'individu. Le proche et le lointain s'entremêlent et le sens de la réalité s'obscurcit. Sur l'écran numérique de la télévision les émeutiers de la Courneuve paraissent côtoyer les jeunes palestiniens de l'intifada dans un même univers de rage et de destruction. Les images se superposent. Ces signaux embrouillés ne facilitent pas la compréhension du spectateur, qui baigne dans une « mosaïque de cultures », selon l'expression de Moles. La culture mosaïque de l'homme moderne rassemble pêle-mêle des éléments disparates de plusieurs univers d'explication différents, sans logique de cohérence. Elle fausse ses repères et complique la nécessaire construction du sens.

La division du travail contribue à la perte de sens de l'individu en l'isolant dans sa fonction. Désorienté, détaché des formes anciennes de collectifs, il flotte en situation d'anomie. Le lien social s'affaiblissant, l'individu atomisé perd le sens des règles. Il voit ses désirs croître sans qu'aucune régulation sociale n'intervienne. Il devient sujet à ce que Durkheim appelait « le mal de l'infini », une passion sans limite, qui dans le monde moderne se traduit par une consommation compulsive d'objets.

L'industrie spécule sur cette fragilité du consommateur. Servie par le rythme soutenu des avancées technologiques, elle remodèle et sophistique toujours plus les objets proposés.
L'industrie agit sur la fonction de l'objet, mais également sur sa représentation. Puisque l'objet est un signe, l'industrie tente de canaliser la motivation des consommateurs en leur proposant des images stéréotypées sur lesquelles focaliser leurs besoins. Dans ce processus, l'image se détache de l'objet lui-même pour acquérir une existence propre. Le packaging, le design du contenant, évolue au point que l'emballage devient une véritable représentation glissée entre l'objet et le consommateur. L'emballage devient une image symbolique du besoin sur laquelle se fixe la motivation de l'acheteur.

Le packaging est donc une interface, un dispositif sophistiqué de médiation entre l'industriel et le consommateur. C'est un « vendeur silencieux », selon une expression courante des métiers de la grande consommation. Certains produits vont jusqu'à représenter un simulacre d'interaction humaine sur l'emballage ; le spahi de Banania est un exemple type chargé de l'imaginaire colonial.

La sémiologie du packaging met en évidence un univers de représentation complet avec ses codes et ses conventions : couleurs, formes, symboles, mythes. La réalité physique du produit est emballée dans l'imaginaire du packaging, qui offre une version scénarisée, mise en signes et en scène, dans le but de séduire le consommateur.
On retrouve la dualité corps-esprit mise en evidence par le philosophe Spinoza dans ce couple contenu-contenant.

Ainsi la peau de l'objet est un décor imaginaire complexe qui met en scène l'acte de vente. La stratégie du packaging fait de l'acte de vente un véritable acte de communication, un échange entre l'industriel et le consommateur. L'échange est inégal, car la fonction de séduction de l'emballage a été mise au point avec les moyens considérables dont dispose l'industrie de production de masse. Le consommateur subit cet effet de séduction, sans pouvoir en décoder les mécanismes dont il ignore le fonctionnement. C'est donc par définition une forme de manipulation.

L'emballage ultime est le spot publicitaire, produit entièrement virtuel qui concentre en quelques secondes des images de rêve conçues pour provoquer l'acte d'achat. Le consommateur n'achète pas un objet, il achète un morceau de rêve stéréotypé conforme aux attentes normatives de son groupe de référence.

Or ce rêve est conçu pour avoir une durée de vie limitée, il est vite oublié et un autre rêve prend sa place. Les phénomènes de mode plus ou moins manipulés par l'industrie renouvellent sans cesse la carte des besoins de l'individu, démontrant l'importance du rapport social dans la genèse des motivations.

Cette dimension onirique et illimitée de besoins sans cesse renouvelés, évoque la nature fondamentale du désir. « Le propre du désir étant d'être toujours en creux, traduction intraduisible de la béance originaire de l'être de l'homme » .
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#Posté le samedi 04 juillet 2009 15:02

Modifié le jeudi 24 septembre 2009 13:05

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