vous pouvez rester...

vous pouvez rester...
Ce soir la, le sniper achetait une recharge d'unités téléphonique dans un minuscule kiosque en planches situé le long du Boulevard du 30 Septembre, le grand boulevard qui longe le fleuve à Kinshasa.
Comme il payait avec un billet de 10 dollars (pour juguler l'inflation, il n'y a pas de grosses coupures en francs Congolais), le vendeur, qui le prenait pour un anglophone, car tous les blancs sont bien entendu des anglophones, se permit une réflexion désobligeante en français...
La chose est courante à Kin ou le racisme et la méchanceté sont les exutoires de la misère. Cette fois il était question des étrangers internationaux et des dollars qui leur remplissaient tellement les poches qu'ils en avaient du mal à marcher...
3 types qui étaient collés à la cloison du kiosque, très occupés à ne rien faire en compagnie du patron, ricanèrent de façon insolente.
« Mais voyons papa », dit le Sniper qui en fait parle très bien français, « C'est bien votre président qui a demandé aux Nations Unies d'intervenir au Congo, non ? »
Les quatre visages se figèrent. Calmement, le Sniper repris sa démonstration :
« Et que font les UN ici, finalement? Ils pacifient le pays dans l'Est en arrêtant les uns après les autres les chefs rebelles, et ils organisent les élections ».
Sachant à quel point les congolais comptent sur le processus électoral en cours pour assainir l'état du pays, il s'agissait là d'un argument de choc.
« Donc en fait on est là pour faire ce qu'on nous a demandé, parce que les congolais n'arrivaient pas a s'en tirer eux-mêmes. Et malgré tous les obstacles, les bâtons dans les roues et les mensonges, on y arrive ».
Les quatre écarquillaient les yeux, certains ne pouvaient s'empêcher de hocher la tête... Les élections sont prévues le 30 Juillet... La population dans sa majorité place une confiance quasi-mystique dans ce qu'elles sous entendent comme promesse de paix et de changement.
Quand à parler de la corruption du milieu politique congolais, c'est pratiquer l'euphémisme.
« Mais ne vous en faite pas, dés que les élections seront terminées, alors la, mission accomplie, et nous autres, des UN, on repartira ! »
Et il ajoute, vicelard :
« Et alors, là, finis les dollars... »
Puis il tourne les talons et se dirige vers sa voiture toute blanche.
« Mais non, non... » bredouille le marchand d'unités, tout à coup très désolé, son billet vert encore en main.
« Vous pouvez rester... »
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# Enviado el jueves 22 de febrero de 2007 12:37

Modificado el viernes 20 de junio de 2008 14:48

eau pure

eau pure
A Kinshasa, l'eau pure est le complément nécessaire au pain beurre dans l'alimentation frugale de l'homme de la rue.
Les vendeurs d'eau pure se repèrent à leur cri caractéristique et un peu inquiétant:
OPIR! OPIR!
Bien sûr, il faut comprendre: "Eau Pure! Eau Pure!".
Eux aussi colportent leur marchandise dans un récipient qu'ils portent sur la tête, parfois même dans un simple sac en plastique rempli de dizaines de petits sachets gonflés d'eau. Comme l'eau, c'est lourd, et que plusieurs litres ca fait plusieurs kilos, il n'est pas rare que le vendeur protège son crâne avec un petit coussinet rond.
Un sachet d'eau filtrée coute 50 Francs congolais. Le sachet est scellé à chaud aprés remplissage.
L'eau est filtrée, ou provient du réseau de distribution de la Régideso, la compagnie nationale créée par les colons belges. Cette eau du robinet a été traitée au chlore avant d'etre distribuée.
Le sachet hermétique d'eau pure et le pain beurre dans son emballage plastique sont des mesures d'hygiène admises par tous, pour se protéger des contaminations et des maladies.

# Enviado el jueves 22 de febrero de 2007 12:34

Modificado el martes 13 de mayo de 2008 16:56

pain beurre

pain beurre
Le pain-beurre est l'alimentation de base du petit peuple qui arpente les rues de Kinshasa.
Les marchands de pain beurre apparaissent des l'aube, venant pour la plupart de la boulangerie centrale de l'avenue Victoire. Ils portent sur leur tete une bassine ou un panier contenant plusieurs dizaines de petits pains rangés en cercle...
Le beurre est en fait de la margarine contenue dans un pot de plastique.
En échange d' un billet crasseux de 50 Francs congolais (une des plus petites coupures, soit 8 centimes d'Euros), le vendeur procède à une rapide série de gestes rituels: tout d'abord il enfile un sachet de plastique transparent en guise de gant sur une main, puis prend un pain dans la main ainsi protégée, saisit un couteau de l'autre main, ouvre en deux le petit pain, ouvre le pot de beurre et beurre copieusement l'intérieur du pain. Finalement il referme le pain et le présente à son acheteur, emballé dans le sac en plastique. Pendant toute l'opération ses doigts n'ont touché ni le pain, ni le beurre, les préservant ainsi de toute contamination.
Certains vendeurs proposent des améliorations à l'ordinaire frugal du pain-beurre: sardines a l'huile, confiture, lait concentré...
Mais peu nombreux sont les clients qui peuvent se permettre ce luxe exceptionnel...

# Enviado el jueves 22 de febrero de 2007 12:31

Modificado el martes 13 de mayo de 2008 16:54

calibre 7,62 millimètres

calibre 7,62 millimètres
Tu l'as compris, le sniper n'est pas vraiment un tueur.
Son long fusil ne tire pas du tout des balles d'acier.
Le Sniper guette ses cibles à travers la lunette de visée infrarouge du Dragunov Tiger...
Mais même s'il presse la detente de son arme, ses balles lui restent bel et bien en travers de la gorge...
Sur l'asphalte défoncé des rues de Kinshasa, les berlines luxueuses aux vitres opaques croisent des épaves roulantes, tellement chargées de passagers que les caisses frottent par terre...
Le long des boulevards de la Gombe, le centre d'affaire, l'ancien quartier des colons beloges, d'étranges gardiens de parking hantent les places de stationnement.
Au Congo les enfants de la rue sont appelés « shégués ». Ce terme, déformation du mot “Schengen”, a été emprunté à une chanson de Papa Wemba, le roi de la rumba congolaise qui se perend pour un sage philosophe.
Exclus de l'espace de Schengen, précipités dans la rue...
Vêtus de loques, souvent pieds nus, sales, couverts de croutes et de parasites, les shégués tentent de gagner leurs 200 Francs quotidiens en rakettant les automobilistes.
200 F Congolais, un demi dollar, pour s'acheter un quignon de pain-beurre, un sachet d'"eau pure", et surtout, surtout, une boîte de colle.
Défoncés à la colle, il rêvent...
A quoi rêvent-ils donc ?

# Enviado el jueves 22 de febrero de 2007 12:27

Modificado el martes 13 de mayo de 2008 16:52

Tireur Isolé

Tireur Isolé
D'un geste le sniper arme son grand fusil à lunette Dragunov, le fusil à longue portée des tireurs d'élite soviétiques. Manoeuvrant la culasse il met une balle dans le canon.
Il épaule, ferme l'½il gauche, et vise à travers la lunette. Là, dans le cercle lumineux croisé par la mire, apparaît le visage d'un enfant.

Shégué l'enfant des rues
L'Occident a pour habitude depuis le début de l'ère chrétienne d'attribuer à l'enfance le visage de l'innocence.
Mais sur la rive Sud du fleuve Congo, en Afrique Sub-Saharrienne, un enfant, ce n'est rien. Un enfant, c'est une bouche à nourrir, un fardeau à porter. Quand il n y a pas de père ou que le père biologique n'assume pas ses responsabilités, l'enfant devient un problème de plus pour la mère isolée.
Les parents disparaissent fauchés par le sida ou d'autres maladies tropicales.
Les victimes de viol, parfois de très jeunes filles, elles-mêmes encore des enfants, tombent enceintes de leurs agresseurs...
Sous la pression de la famille qui refuse d'assumer une charge économique supplémentaire, l'enfant indésirable se retrouve precipité dans la rue, avec le trottoir comme foyer, et la voûte celeste comme seul toit.
Pour mieux les rejeter et garder la conscience tranquille, on les accuse d'être des enfants sorciers, des êtres surnaturels et néfastes, qui propagent le Sida et oeuvrent pour le Diable.
Des prêtres sans vergogne gagnent leur vie en exploitant ces stupides et cruelles croyances populaires.
Les enfants perdus, rejetés du monde des adultes, livrés à eux-mêmes, errent dans les rues glauques de Kinshasa la ville géante.
Ils se nourrissent de déchets, mendient et se prostituent.
On les appelle les Shégués.

# Enviado el domingo 18 de febrero de 2007 10:18

Modificado el martes 13 de mayo de 2008 16:50