Comme il payait avec un billet de 10 dollars (pour juguler l'inflation, il n'y a pas de grosses coupures en francs Congolais), le vendeur, qui le prenait pour un anglophone, car tous les blancs sont bien entendu des anglophones, se permit une réflexion désobligeante en français...
La chose est courante à Kin ou le racisme et la méchanceté sont les exutoires de la misère. Cette fois il était question des étrangers internationaux et des dollars qui leur remplissaient tellement les poches qu'ils en avaient du mal à marcher...
3 types qui étaient collés à la cloison du kiosque, très occupés à ne rien faire en compagnie du patron, ricanèrent de façon insolente.
« Mais voyons papa », dit le Sniper qui en fait parle très bien français, « C'est bien votre président qui a demandé aux Nations Unies d'intervenir au Congo, non ? »
Les quatre visages se figèrent. Calmement, le Sniper repris sa démonstration :
« Et que font les UN ici, finalement? Ils pacifient le pays dans l'Est en arrêtant les uns après les autres les chefs rebelles, et ils organisent les élections ».
Sachant à quel point les congolais comptent sur le processus électoral en cours pour assainir l'état du pays, il s'agissait là d'un argument de choc.
« Donc en fait on est là pour faire ce qu'on nous a demandé, parce que les congolais n'arrivaient pas a s'en tirer eux-mêmes. Et malgré tous les obstacles, les bâtons dans les roues et les mensonges, on y arrive ».
Les quatre écarquillaient les yeux, certains ne pouvaient s'empêcher de hocher la tête... Les élections sont prévues le 30 Juillet... La population dans sa majorité place une confiance quasi-mystique dans ce qu'elles sous entendent comme promesse de paix et de changement.
Quand à parler de la corruption du milieu politique congolais, c'est pratiquer l'euphémisme.
« Mais ne vous en faite pas, dés que les élections seront terminées, alors la, mission accomplie, et nous autres, des UN, on repartira ! »
Et il ajoute, vicelard :
« Et alors, là, finis les dollars... »
Puis il tourne les talons et se dirige vers sa voiture toute blanche.
« Mais non, non... » bredouille le marchand d'unités, tout à coup très désolé, son billet vert encore en main.
« Vous pouvez rester... »
