Quel est le bilan de l'opération des Nations Unies la plus chère du monde?
Un jeune homme médiocre, aux competences douteuse, ouvertement manipulé par une clique de personnages sans scrupules, est désormais légalement à la tête d'un des pays les plus riches d'Afrique.
Comment en est-on arrivés là?
"Un complot international" peut-on lire dans la presse locale (cf l'article du Sniper "En république Démocratique", page 15 de ce blog).
Il y a malheureusement du vrai là-dedans, mais il faut préciser un peu.
Le terme de complot est un peu fort, il s'agirait plutôt d'une entente, une entente sur une stratégie commune entre deux personnes puissantes, pour servir les intérêts privés du premier et l'orgueil du second.
Revenons en 2004...
A cette époque, le nouveau chef de la MONUC est un ancien ambassadeur US. Brillant et charismatique, «Coco Swing» est rapidement adopté par la population congolaise qu'il sait flatter avec habileté. C'est un pur produit de l'administration américaine old-style. Son expérience aux Peace Corps lui a enseigné l'art de la fausse humilité condescendante, si utile pour charmer les populations et les manipuler en douceur.
Mais ne nous y trompons pas. Le petit homme apparait comme un personnage simple, sympa et sans arrogance. Il distribue avec largesse l'argent des bailleurs de fonds des Nations unies, au point que le budget annuel de la mission de paix dépasse le milliard de dollars américains.
Derrière cette image calculée et mise en scène avec soin se cache un individu cynique prêt à tout pour flatter son ego.
C'est à Lubumbashi que Coco S rencontre le belge Louis Michel, alors Ministre des Affaires Étrangères du royaume de Belgique.
Or, pour « monsieur Louis », le Congo n'est pas du tout un territoire neutre. Sa famille possède d'importants investissements dans la riche province du Katanga. Une situation rentable, qui remonte à la colonisation belge, et peut-être même avant... L'infâme monarchie de Léopold...
Ces deux hommes puissants décideront du sort du pays pendant les quelques jours que durera leur rencontre.
Monsieur Louis veut le fils Kabila comme président. Ses liens familiaux font de lui l'émergence politique d'un important lobby d'affaires belgo-libanais qui gère la majorité des exploitations minières du Congo.
Ce groupe d'affairistes a besoin de deux choses pour maximiser ses profits: la paix autour des sites d'extraction, et des réseaux d'écoulement stables pour sortir rapidement les denrées du pays.
Dans les années 70, la conscience politique était autre. On appelait alors ce genre de pratiques "la traite".
On murmure même qu'un des membres de cette association informelle, un ressortissant libanais proche du fils Kabila et propriétaire de nombreux commerces de luxe à Kin, serait à l'origine de l'assassinat de Mzee. Le père Kabila était trop fantasque, trop difficile à gérer. En gros, on lui a substitué son fils, avec la bénédiction des UN.
De son côté, Coco S veut des élections menées sans trop de heurts, et une stabilité qui dure juste le temps de se retirer avec majesté. Il veut un simulacre d'élection suffisamment crédible pour satisfaire les observateurs, et lui permettre de quitter son poste prestigieux de Représentant Spécial du Secrétaire General avec la gloire et les honneurs.
Que le pays ne se développe jamais ne préoccupe aucun de ces deux gentlemen.
Ce qu'il leur faut c'est une bonne dictature qui maintienne solidement l'ordre de la traite, sous un maquillage démocratique assuré par les Nations unies.
Mission accomplie. Je vous renvoie à l'article du sniper "Blue crush", page 10 de ce blog. Cet éloge de l'action de Coco S., publié par un journaliste de ses amis dans un grand magazine américain, marque un point d'orgue dans la carrière du petit bonhomme qui voulait à tous prix devenir grand.
