L'adversaire malheureux de Kabila à la présidentielle de 2006, exilé depuis le désarmement forcé de sa garde rapprochée à Kinshasa au printemps 2007, préparait son retour en RDC. Il était était donné gagnant, le MLC se prévalant de plus de la moitié des quelque 145 députés et sénateurs d'opposition.
Malgré leur amertume, certains jeunes militants estiment que l'arrestation de Bemba peut être une chance pour l'ex-rébellion MLC, muée en parti politique en 2003 après la fin de la dernière guerre en RDC, de tourner enfin la page de sa jeunesse. Le MLC "tourne depuis un an sans Bemba. Il survivra. Mais ceux qui au pouvoir sabrent le champagne feraient bien d'être prudents", estime un journaliste pro-MLC, "parce que cette histoire montre bien que personne n'est à l'abri" (AFP).
Au MLC, les cadres sont conscients des risques d'une guerre de succession aux accents tribalistes: "François Muamba est assez légitime, mais il est du Kasaï. José Makila est de l'Equateur (comme Bemba dont il est parent) mais il est colérique et peu diplomate", soupire déjà l'un d'eux
Il n'en reste que le timing inquiète.
Pourquoi arrêter Bemba justement dans cette période charnière de la jeune démocratie?
L'équipe de Kabila a démontré les courtes limites de ses capacités à gérer le grand pays.
L'échéance des élections locales approche, elles seront la dernière étape pour équiper le pays d'un appareil démocratique complet.
Les citoyens congolais ont assimilé la leçon de démocratie de la présidentielle; cette fois ils vont pouvoir s'exprimer en pleine connaissance de cause. Le Congo a besoin pour ça d'une opposition structurée et cohérente.
Certes, Bemba est un grand gangster, mais il l'a toujours été, et il n'est pas le seul...
Pourquoi choisir ce moment pour l'arrêter?
Quel calcul politique se cache derrière cette mesure de justice?
Quel est la véritable monnaie de cet échange?
Les institutions des UN sont-elles oui ou non intrumentalisées, à la solde d'intérêts privés?
Ceci dit, il faut rappeler quand même que celui qu'on surnomme le chairman n'a jamais été un enfant de coeur, et le MLC historique ne ressemble pas vraiment à une colonie de vacances. Selon le mandat d'arrêt émis par la Cour, les hommes de Jean-Pierre Bemba « ont mené des attaques systématiques et généralisées contre la population civile et ont commis des viols, des actes de torture, des atteintes à la dignité de la personne et des pillages en République centrafricaine».
Le MLC etait alors un mouvement politico-militaire; il est intervenu en Centrafrique à l'appel du président Ange-Félix Patassé. Un millier de membres du MLC avaient contribué à mater un coup d'Etat contre lui. Ils avaient ensuite fait régner la terreur, tuant, pillant et surtout violant. «Le nombre élevé de viols commis par le MLC avec une brutalité sans nom est une caractéristique particulière de cette affaire», a relevé le procureur. Le MLC a «détruit en profondeur les structures de la société», a-t-il estimé. «Les femmes sont rejetées par leur familles et villages, elles rejettent elles-mêmes leur enfant nés d'un viol».
Jean-Pierre Bemba est accusé en qualité de supérieur hiérarchique. Il était « investi de l'autorité (...) pour prendre toutes les décisions tant sur le plan politique que militaire ». Le procureur du CPI Luis Moreno Ocampo a rappelé avoir rencontré les victimes, « celles qui ont survécu à la violence, celles qui ont survécu au sida. Nous ne pouvons effacer leurs blessures. Mais nous pouvons leur rendre justice. Les témoignages des victimes seront autant de preuves. Les victimes viendront raconter leur histoire à la Cour. Elles auront ce pouvoir ».
Ces faits se sont produits lors de ce qu'on a appelé la première guerre mondiale africaine.
A noter que les poursuites originellement initiées par la Centrafrique visaient non seulement Jean-Pierre Bemba, mais aussi le Français Paul Barril, ancien n°2 du GIGN ,qui était intervenu au Congo-Brazzaville à la tête d'une compagnie privée de sécurité.
Où est donc ce Barril maintenant? Que fait-il?
The hand of law is coming down.



