La Machine de Paix

La Machine de Paix
On peut assassiner un journaliste, on ne peux pas effacer les faits.
L'état de droit se construit inexorablement.

# Posté le lundi 18 juin 2007 07:51

Deux voix se taisent, un grand pas en arrière

Deux voix se taisent, un grand pas en arrière
Serge Maheshe, journaliste et secrétaire de rédaction de Radio Okapi, parrainée par l'ONU, est mort.
Mr Maheshe a été abattu le soir du 16 Juin à Bukavu.
Le procés de ses présumé assassins, membres des forces de l'ordre, s'est ouvert jeudi soir dans cette ville de l'est de la République démocratique du Congo, a-t-on appris vendredi de source officielle.

Les deux militaires ont été arrêtés le lendemain matin à 40 mètres des lieux du crime en possession d'une arme ayant récemment servi; ils sont poursuivis pour assassinat devant un tribunal militaire de Bukavu, a déclaré à l'AFP le gouverneur de la province du Sud-Kivu dont Bukavu est la capitale.

"Ils sont jugés dans le cadre de la procédure de flagrance", a indiqué le gouverneur, expliquant que le droit militaire congolais permettait d'ouvrir un procès aussi rapidement.

"Le caporal Katuzelo Mbo et le sergent Arthur Bokungo Lokombe ont été arrêtés pendant l'opération de bouclage menée par la police hier jeudi entre 05H00 du matin et 16H30 dans le quartier d'Ibanda près du centre-ville où a eu lieu le crime", a-t-il ajouté.

L'organisation locale de défense de la presse Journaliste en danger (JED) s'est dit "scandalisée" par l'organisation "dans la précipitation d'un procès alors qu'aucune enquête n'a été sérieusement menée", qu'"aucune reconstitution n'a été organisée", "aucune expertise balistique demandée".

Serge Maheshe, 31 ans, a été tué mercredi soir par deux inconnus en civil armés de Kalachnikov alors qu'il s'apprêtait à remonter dans sa voiture de service, marquée du sigle des Nations unies. Les tueurs n'ont pas tenté de tirer sur deux amis du journaliste qui se trouvaient à ses côtés et se sont enfuis sans rien dérober.


...

Une à une les lumières s'éteignent.
Comme des lames d'argent dans un écrin de velours noir, la nuit de plomb enchâsse les Grands Lacs.
L'obscurité épaisse de la nuit tropicale recouvre le paysage ancien et superbe de la grande fracture du Rift.
Majestueuse, immortelle et glacée, la Lune s'élève contre la voûte céleste.
Sous elle ondulent les fertiles collines des hommes.
Soudain, une perle de rosée se détache et glisse sur la lame atroce d'une machette.
...

Mort d'un étudiant
La victime était en 2e graduat de l'Institut supérieur des techniques médicales de Bukavu. Ce deuxième assassinat en 24 heures, intervient alors se poursuit en ce moment le procès de celui du journaliste Serge Maheshe, rapporte radiookapi.net

Selon des témoignages recueillis auprès des proches de l'étudiant tué, quatre hommes armés, tous habillés en tenue noire, se sont introduits au domicile de la famille de la victime. Ils ont exigé l'argent à la mère de cette dernière et son portable. Ils sont entrés ensuite dans la chambre de l'étudiant et ont tiré sur lui à bout portant après lui avoir ravi son téléphone cellulaire. Les assaillants ont également emporté d'autres biens de la maison, selon les mêmes sources. C'est la troisième fois que la maison familiale de la victime a été attaquée par des hommes armés.

Le porte-parole des étudiants de l'ISTM Bukavu, déplore qu'aucune enquête n'ait encore été diligentée pour identifier les auteurs du crime. Un deuil de trois jours a été décrété par les autorités de cet établissement de l'enseignement supérieur. Cet étudiant est le quatrième tué depuis le début de l'année. La semaine dernière, le corps d'un autre étudiant a été retrouvé jeté dans la rivière Ruzizi.

# Posté le samedi 16 juin 2007 11:37

Modifié le dimanche 24 juin 2007 10:51

La Paix, la Justice, et les coupes sombres du Tailleur

La Paix, la Justice, et les coupes sombres du Tailleur
Le procès de Charles Taylor...
Après de multiples péripéties, le président / tueur-en-série se retrouve enfin entre les mains de la loi. Il va être jugé par une Cour Spéciale du Tribunal Pénal International des Nations Unies.
Les juges ont été nommés par les UN et par l'Etat de la Sierra Leone où ont été commis les crimes.

C'est une grande première, pour laquelle on pardonnera tous les loupés, les trucs pas clairs, l'ultime tentative de fuite par la route à travers le Nigeria qui a presque réussi, la lenteur de l'instruction, les charges, qui pourraient être mille fois étoffées...

Ca ne fait rien.

C'est le premier président africain qui va être jugé pour, au moins, une partie de ses crimes.

The hand of law is coming down.
Nul n'est au dessus de la loi.
Pour le misérable petit criminel de rue comme pour le riche gangster qui s'est fait élire président.
Il n'y a pas d'impunité.
Iln'y a pas d'immunité pour les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité.

Tant bien que mal et malgré les pressions qu'on peut imaginer, le Tribunal poursuit ses instructions contre Thomas Lubunga, chef d'un des innombrables groupes armés sanguinaires du Congo.
Contre Joseph Kony de la Lord Resistance Army, un illuminé qui se prétend guidé par Jésus pour commettre les pires crimes en Uganda et à l'Est du Congo.
Contre un ministre Soudanais, instigateur des massacres commis par les « cavaliers de l'Islam », les miliciens Jenjawid, au Darfour et en Centrafrique.

Juju on you.

Je ne m'en vante pas mais il se trouve que j'ai personnellement rencontré Charles Taylor, au Liberia, en 1998. Il venait d'être élu « démocratiquement » grâce à des élections organisées par les UN.
Un des ses slogans de campagne était:
« I killed your ma, I killed your pa. You will vote for me ».

J'ai tué ta mère. J'ai tué ton père. Tu vas voter pour moi.

Des T shirt circulaient avec ce slogan en lettres de sang sur un portrait en noir et blanc du warlord.
D'autre T Shirts clamaient : « Charles Taylor, the devil you know ». Le diable que tu connais. Autrement dit, ne déchaîne pas celui que tu ne connais pas...
Le message était clair, sans ambiguïtés. Venant du warlord le plus puissant du Liberia, la menace n'était pas à prendre à la légère : Si je ne suis pas élu, la guerre continuera et tu seras une victime.

A cette époque, les UN s'étaient obstinés à maintenir coûte que coûte la candidature de Taylor, malgré les réactions offusquées de la communauté humanitaire, arguant de la réputation plus que sulfureuse et le style de campagne agressif du candidat.
De même, ils passèrent outre les avertissements du Foreign Affairs américain. Taylor avait été condamné par la loi des Etats-Unis ; il avait réussi à s'enfuir du pénitencier, ce qui en faisait un « fugitif » pour la loi américaine.
C'est pourtant ce fugitif, repris de justice, escroc confirmé, grand adepte de juju (l'ancêtre ouest-africain du vaudou), que les UN ont laissé, au nom de la paix, accéder à la magistrature suprême du Liberia.

Prenant possession de l' « Executive Mansion », le palais présidentiel à Monrovia, Taylor éprouva le besoin de désenvoûter le lieu.

L'Executive Mansion possède en effet ses propres chambres de torture, appelées « latrines » par dérision.
Elle a été en outre le sinistre théâtre de la mise à mort de John Doe, le dictateur précédent, ex-sergent de l'armée régulière. Devenu président par la force d'un coup, Doe, semi illettré comme beaucoup de présidents africains de cette époque, avait imposé le clientélisme tribal comme système politique et la brutalité comme mode d'action principal.
Trahi par les peace-keepers nigériens d'une force d'intervention régionale (l'ECOWAS, sans mandat UN), il était tombé dans les pattes d'une faction rebelle...

Sa lente agonie, filmée au caméscope, était rapidement devenu un classique du snuff-movie ; vous en trouverez certainement une copie illégale dans le back-room de votre vidéo club favori.
Ca s'intitule « The death of Doe ».

Prince Johnson, qui dirigeait les tortionnaires, avait fait ses classes comme principal lieutenant de Taylor, avant de créer sa propre faction et se retourner contre le warlord.
Ce prince, si doué pour le cinéma réalité, mourra un peu plus tard, victime à son tour du terrible conflit qu'il a contribué à propager ; l'incendie peu a peu embrasera les pays voisins, et brûle toujours en Côte d'Ivoire.

Il semble bien que l'un de ces tristes video-amateurs vive maintenant au Nigeria, où il dirigerait une boite d'informatique.

Prince Johnson était alors apparu au balcon de l'Executive Mansion, montrant à la foule libérienne surexcitée des morceaux humains sanglants qu'on venait de découper sur le corps de John Doe encore vivant.

C'était en septembre 1990.

My Taylor is Rich

Pour désenvoûter la Mansion, Taylor y aurait fait sacrifier un bébé humain, conformément à d'obscurs rites juju transmis par la famille de sa mère, une authentique villageoise libérienne.

Le juju est une religion chamanique pré-chrétienne, où le sacrifice joue un rôle fondamental pour intercéder avec les esprits de l'autre monde.
Euh... Quel autre monde, au fait?
Peu importe.

En 1998, peu après son élection, Taylor décide d'éliminer la garde rapprochée de son principal opposant politique, Roosevelt Johnson, soutenu par les USA.
Les combats, qui durèrent 3 jours à travers les rues du centre de la capitale, firent environ 500 morts dont une majorité de civils.

Ca ne vous rappelle rien ?

Moi, j'étais à Mamba Point en Octobre 1998 quand les SSU (Special Security Unit) de Taylor, des enfants soldats devenus « adultes », vêtus de combinaisons noires comme leurs âmes, ont encerclé Camp Johnson Road, puis procédé à l'extermination totale de ses habitants.

J'ai vu les cohortes de civils qui fuyaient la zone de combat, portant leurs maigres possessions en ballot sur la tête, certains affligés d'horribles blessures.
Un homme est arrivé en titubant, droit sur moi. Il s'est assis doucement dans l'herbe, le dos au mur. Il ne s'est jamais relevé.
Une balle lui avait traversé le corps de part en part au niveau du plexus.

Un mois plus tard, l'occasion m'a été donnée d'approcher Mr President.

J'en garde le souvenir d'un homme assez petit, roublard et manipulateur, pas très sympathique malgré des tentatives de seduction un peu lourdes, dignes d'un mauvais représentant de commerce. Guère impressionnant en fait.
Sa réputation de cruauté lui donnait une sorte d'aura macabre, un peu comme l'odeur faible mais persistante qui signale de loin qu'on approche d'un corps en décomposition.

Je n'ai jamais compris la fascination que certains éprouvent pour ce genre de type.

# Posté le lundi 04 juin 2007 13:42

Modifié le vendredi 27 juillet 2007 13:43

Kanyola, voyage au bout de l'horreur

Kanyola, voyage au bout de l'horreur
26 Mai, Kivu
« 18 personnes, dont 12 enfants, ont été froidement assassinées à l'arme blanche pendant la nuit par des individus soupçonnés d'appartenir aux Rasta/FDLR, dans les villages isolés de Nyabuluze et Muhungu en territoire de Walungu » (Sud Kivu, non loin de la frontière du Rwanda, dans l'Est de la République Démocratique du Congo).

« Vingt-huit personnes ont également été grièvement blessées. Elles ont été prises en charge à l'hôpital général de référence de Kaniola et celui de Walungu », indique le communiqué publié par la MONUC.

Des informations non confirmées font état de 12 autres victimes qui auraient été retrouvées mortes dans une forêt alentour.

« Ces violences, ainsi que les tracts menaçant d'autres exactions, ont semé un vent de panique parmi les populations de la zone qui ont pris initialement refuge dans les villages avoisinants de Kaniola et de Walungu. Néanmoins, il s'avère qu'un grand nombre de familles est désormais déplacé sur une zone qui s'étend bien au-delà des villages où ont eu lieu ces massacres ».

« Nous assistons depuis dimanche soir à des migrations quotidiennes. De jour, les populations terrifiées se rendent sur leurs collines pour cultiver ou dans leurs villages pour y récupérer quelques biens puis se hâtent vers ces centres urbains où elles passent la nuit dans des familles d'accueil ou encore des locaux communautaires ».

Comme on l'a vu, des groupuscules armés extrêmement violents hantent les collines du Kivu depuis la fin du génocide du Rwanda et l'Opération Turquoise. Régulièrement renforcés par des nouvelles recrues, volontaires ou kidnappées, ils se sont enfermés dans une logique meurtrière et dans une fuite en avant qui les conduit à surenchérir dans la cruauté et le sadisme pour asseoir leur domination sur la population civile.

Ces groupes d'assassins professionnels, dont l'effectif total est estimé à environ 10.000 têtes, sont soutenus par différents lobbies... Certains gouvernements, certains gradés de l'armée congolaise, des « investisseurs » privés, trouvent intérêt à maintenir l'instabilité et le non droit dans la sous-région.

Les Rastas qui ont revendiqué l'horreur de Kanyola sont comme les autres groupes issus de la mouvance des génocidaires huttus, ex-Interhamwe ou FAR (les Forces Armées du Rwanda, soit l'armée régulière du Rwanda à l'époque du génocide, qui a contribué à l'organiser).

Bien loin des adeptes du mouvement rastafari dont ils ne connaissent absolument rien, ils détournent l'image du rebelle rasta, popularisée grâce à des films comme « The harder they come » avec Jimmy Cliff, pour se construire une pseudo-identité.

Sur un fond musical emprunté à Burning Spear ou Bob Marley, les tueurs d'hommes collent une étiquette colorée, cool et sympa, sur une méchante petite porte noire, tout au bout d'un long sentier à travers la luxuriante forêt tropicale primaire. Cette porte étroite mène tout droit à l'enfer sur terre.

Car tout comme le sont la souffrance et la mort, il faut admettre que pour certains, l'enfer est bel et bien terrestre.

Pour les victimes, il n'a a plus de dieu, et il n'y aura pas de jugement final pour les réhabiliter.
Pas de jugement non plus pour punir les coupables d'atrocités sans nom, des actes horribles, qu'on voudrait inhumains, et qu'il ne m'appartient pas de décrire ici.
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# Posté le samedi 02 juin 2007 09:54

Modifié le vendredi 06 juillet 2007 19:17

Hommage au président Luiz Inácio Lula da Silva

Hommage au président Luiz Inácio Lula da Silva
Voilà. Le chairman Bemba a donc pris la poudre d'escampette, chassé par les militaires de Kabila. Comme jadis Mobutu chassé par Mzee, Bemba a emprunté le chemin de l'exil en Europe, où il a caché quelques reliefs du festin. Tout de même. On ne se laisse pas mourir de faim.

Mais pour ceux qui restent, ceux qui n'ont jamais eu accès à la table du banquet ni même à ses miettes, la pénible période de vaches maigres risque fort de continuer longtemps...

Le jeune président motocycliste brille par son absence. Alors que le peuple attend désespérément un signe, des mesures, des discours télévisés, lui semble disparaître et s'enfermer dans le mutisme absolu.

Son portrait, en uniforme, mentionnant à la foi son grade de Général Major et son titre de Président de la République, toise, muet, les lieux publics, comme pour narguer les citoyens. Au moins, ce message là est clair, pas besoin de mots : Regardez moi bien. Je suis militaire, c'est contraire à la constitution que vous avez votée, et pourtant j'ai été élu. Je suis votre président.

Pendant ce temps, son gouvernement multiplie les cafouillages et envoie des signaux contradictoires.
Tout ça manque franchement de volonté et d'imagination.

N'est pas Lula qui veut, n'est-ce pas ?

Pratiquement, rien ne semble être fait pour améliorer le quotidien des citoyens du pays, qui en auraient pourtant bien besoin. Au contraire, les exactions commises par les gens en uniforme semblent bien se multiplier partout sur le territoire national. L'arrogance et la brutalité de ceux qui « ont l'argent » atteint des sommets vertigineux.

Le discours, déjà pas très évolué pendant la transition, s'étiole. On dirait que la pensée déserte le pays.
Une grande stupidité afflige désormais les ondes des télévisions kinoises.
Les journalistes sincères rasent les murs, les opposants se méfient les uns des autres, la violence ne diminue pas et la culture de l'impunité semble bien ancrée pour durer.

A Kinshasa la compagnie nationale d'électricité déleste tous les jours, plongeant des quartiers entiers dans l'obscurité, pour préserver les zones où résident les grands décideurs et les chefs de l'armée. Pire, c'est la même chose pour la distribution de l'eau ; les maladies hydriques se multiplient avec les chaleurs tropicales.

Pourtant, le ministre fantôme du Commerce Extérieur vient de ressusciter. Il parait que pendant tout ce temps il s'était caché chez des religieux catholiques pour échapper à des « menaces de mort ».
N'importe quoi.
D'ailleurs d'autres rescuscités ne tardent pas a se présenter, tous prétendants endosser l'identité du fantôme, et aussi bien sûr son portefeuille...

De son coté le ministre de l'Information s'est lui aussi couvert de ridicule, discréditant son ministère. Apparu à la télévision au moment des événements, ce monsieur s'était s'excusé d'être en retard à l'émission parce que « de retour d'une évaluation sur le terrain ». Fustigeant les hommes de Bemba, il avait annoncé d'une voix grave le pillage de plusieurs grands magasins et restaurants de Kinshasa. Cette annonce avait grandement contribué au sentiment de panique qui s'était emparé des kinois.

Malheureusement pour lui, aucun des établissements annoncés n'a été pillé... Bravo l'évaluation de terrain du ministre.

S'il y a bien eu des pillages, ce sont des cibles moins protégées que les commerces de luxe qui ont été touchées, pas toutes dans la zone de combat, et surtout, pas toutes par les militants du chairman... Les FARDC, et mêmes certains éléments de la police sont directement impliqués par de nombreux témoignages de victimes... Et c'est bien des militaires en uniforme qui ont pillé et saccagé les deux chaînes de télévision de Bemba, réduisant leur personnel au chômage.

Bref, au Congo Démocratique le grand fleuve suit son cours descendant à la vitesse d'un TGV.
Des compagnies de travaux publics improvisées remportent des appels d'offre qui n'ont jamais été publiés, puis s'empressent de boucher à toute vitesse quelques trous de la voirie avec du mauvais goudron, ou de badigeonner à la chaux des ouvrages existants, histoire de justifier les budgets considérables extorqués aux bailleurs de fonds occidentaux, décidément bien naïfs.
Naïfs, ou peut-être accaparés par d'autres sujets plus préoccupants... N'est-ce pas, Mr Wolfowitz ?

« La santé prime sur le commerce ».

Qui a dit ça déjà ?
J'ai oublié.

« Le laboratoire déclare qu'il fixe son prix en fonction de l'indice de développement humain et du nombre de malades du sida.

Ces critères sont injustes et mal appliqués. Le niveau de développement du Brésil est similaire à celui de la Thaïlande. Parmi les pays en développement, le Brésil est le plus grand acheteur d'anti-rétroviraux et a toujours honoré à temps ses engagements avec les labos. Nous méritions d'être traités avec plus de respect.

Vous ne semblez pas craindre les représailles de Washington.

Le président Lula a dit que la santé primait le commerce. Nous n'avons rien fait d'illégal. La licence obligatoire est prévue par les accords internationaux sur la propriété intellectuelle. D'autres pays ont eu recours à ce mécanisme. Si nous n'avions pas fait cela, la viabilité du programme de distribution des médicaments antisida aurait été mise en péril. »
Libération, 9 Mai 2007
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# Posté le mercredi 09 mai 2007 12:51

Modifié le samedi 02 juin 2007 10:01

L'affaire Bemba

L'affaire Bemba
Affaire Bemba : de gros points d'interrogation
de Kenge Mukengeshayi, article paru dans Le phare du 14 avril 2007

Jean-Pierre Bemba est finalement sorti du pays. Direction : le Portugal, où l'ex-vice-président dispose d'un coquet pied-à-terre. Mais rien ne permet de dire que le chairman nous reviendra de sitôt, ni les conditions posées pour son séjour, ni sa sécurité personnelle à son retour, ni encore moins les pressions sur sa famille politique.

Provisoirement, sans doute, l'aspect judiciaire semble avoir été mis entre parenthèses. Cela devenait ardu et l'opinion n'était pas prête à accepter de voir la justice achever le travail que les affrontements des 22 et 23 mars n'ont pas été en mesure de finir. Il eut fallu, notamment, attendre que le Parquet lance une réquisition d'information. Ensuite, l'inculpation avant la demande de la levée de l'immunité parlementaire.
Bref, la patate devenant soudain trop chaude, il fallait dans l'urgence sauver la face de tout le monde et organiser une sortie honorable pour chacun des acteurs. Résultat : mercredi matin, JP Bemba Gombo prenait son B 727 privé pour rejoindre le Portugal.
Après 15 jours d'une partie de ping-pong à trois entre les gouvernements congolais, portugais ainsi que le chairman du MLC, c'est le président du Bureau provisoire du sénat qui a signé l'autorisation de sortie. Officiellement pour raison de santé. JP Bemba a ainsi devant lui 60 jours pour soigner sa jambe malade, dont la fracture remonte à l'année dernière. Mais le gouvernement de Lisbonne n'a accepté de l'accueillir qu'à la condition qu'il n'exercerait durant tout son séjour aucune activité politique sur le sol portugais.

Quand victoire et défaite se confondent

Désormais, c'est dans une villa de Quinta do Lago que JP Bemba, sa femme et ses cinq enfants passeront leur séjour. Le Boeing de l'ancien vice-président a atterri à Faro, à 300 km au sud de Lisbonne. Entourée d'une forte protection policière, la villa est située à une dizaine de kilomètres de la ville de Faro.
Ce dénouement n'a évidemment pas été facile. Entre ceux qui voulaient voir JPB s'expliquer, tout de suite, devant les tribunaux, et ceux qui soutenaient, à coup de menaces, la thèse d'une Opposition plus accommodante, les jeux n'étaient naturellement pas faits. Surtout lorsque les chancelleries y sont allées de leur ch½ur, déplorant dans un langage très peu diplomatique l'usage de la force et recommandant ostensiblement le dialogue.
Surprise par le rapide déraillement d'un processus qu'elle a porté à bout de bras, la Communauté Internationale a dû élever la voix. C'est vrai que quelques obus de mortier sont passés par là, ainsi que quelques épisodes de pillage, heureusement limités. Le bilan n'en était pas moins effrayant : des diplomates touchés, des chancelleries visitées, des commerces pillés. Enfin et surtout : de nombreuses victimes innocentes. L'écrasement du malheureux candidat à la présidentielle risquait de laisser un arrière goût amer d'échec politique.
Il se raconte à Kinshasa qu'affolés, des diplomates ont tenté – en vain – d'appeler au calme. Jusqu'au coup de gueule du Nigérian Obasanjo, disant au Secrétaire Général de l'ONU toute sa colère du fait que ce soit son ambassadeur qui trinque, alors que le Nigeria est un grand contributeur des missions de paix onusiennes ... William Lacy Swing (le Représentant Spécial du Secrétaire Général en RDC, note du Gerfaut) avait dû se précipiter au chevet de son collègue nigérian pour organiser son transfert. Mais celui-ci était déjà hors danger après avoir été opéré, sur place à Kinshasa, par un chirurgien congolais. N'empêche : on n'était pas loin – c'est un doux euphémisme – d'un désastre diplomatique.

Mission suicide

Fermeté et dialogue. Il n'y avait plus alors que deux termes pour tenter de relancer une machine qui avait une forte propension à s'enrayer. Du coup, après des moments de flottement embarrassants, sur lesquels on a fort glosé dans les quartiers populaires de Kinshasa, Bruxelles décidait de reprendre l'initiative pour tenter de sauver ce qui pouvait encore l'être.
En mission casse-cou en RD Congo depuis mardi, le ministre belge des Affaires Etrangères avait une triple et délicate mission. D'abord, exprimer de vive voix la désapprobation de la Communauté internationale, déjà puissamment traduite dans la déclaration de l'Union Européenne rendue publique quatre jours après les affrontements. Ensuite, faire passer l'idée que tout retour à la pensée unique serait un désastre. Enfin, arracher un apaisement dans l'objectif de relancer un processus politique visiblement mal en point.
Devant tous ses interlocuteurs – Bureau de l'Assemblée Nationale, Affaires étrangères, Présidence de la République – Karel De Gucht a ainsi déploré sans détours l'usage de la force, prôné le dialogue et insisté pour que l'Opposition ait toute sa place dans la jeune démocratie congolaise. Mardi soir au Palais du peuple, le chef de la diplomatie belge avait en effet entendu le Secrétaire Général du MLC, François Mwamba Tshishimbi, se plaindre des exactions subies par les membres de l'Union pour la Nation (la coalition ralliée au MLC, le parti de Bemba, note du Gerfaut), avant de saluer les efforts du Président de l'Assemblée Nationale pour créer un espace à l'Opposition, notamment dans les commissions permanentes, dont deux seront présidées par l'UN, et de souhaiter le retour rapide de JP Bemba.
François Mwamba émettait sur la même longueur d'ondes que la plupart des partenaires de la RDC, indignés à l'idée que près de 42% de voix qui s'étaient identifiées au leader du MLC lors de la présidentielle soient du jour au lendemain privées de représentation, au risque de relancer la frustration et l'instabilité.

Gros points d'interrogation

Au total, plusieurs questions de fond demeurent sans réponse, estiment les analystes dans la capitale congolaise. La première : comment JP Bemba pourrait-il revenir à Kinshasa s'il n'a toujours pas le sentiment que sa sécurité y sera garantie ? Deuxième question : au cas où elle serait privée pour longtemps de son leader, que deviendrait l'Opposition institutionnelle? Il n'y a pas là que la perspective de l'éclatement d'une plate-forme politique ou sa soumission à la pensée unique. Il y a pire : la mort du débat politique dans notre pays et le retour aux années de plomb.

C'est là le principal enjeu de la période post affrontements qui a démarré, en termes de survie d'une opposition qui se voulait une alternative solide et crédible. Et face à cet enjeu, il est évident que l'UN commettrait une erreur fatale en s'enfermant dans un face à face mortel avec ceux qui n'ont qu'un seul objectif : l'avaler ou l'accommoder à leur goût. Dans une déclaration politique rendue publique hier, le Bureau politique du MLC s'est voulu rassurant et a voulu se rassurer lui-même en souhaitant à la fois le retour rapide de JP Bemba et le vote de la loi portant statut de l'Opposition.
Il faut désormais espérer que les actes se conforment effectivement au discours, sous peine, là aussi, de trahir le serment au MLC et d'enterrer définitivement Jean Pierre Bemba.
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# Posté le mercredi 09 mai 2007 12:48

Modifié le samedi 02 juin 2007 09:58

Les objets rudimentaires

Les objets rudimentaires
Maintenant je me souviens de ces objets que j'ai perdus.
pourtant, quand je les avais, je n'y prêtais que peu d'attention.

Ils avaient été fait à la main, sans outils ou presque. Leur facture d'un autre âge que le mien trahissait le peu de moyens de l'artisan .

Sans utilités pour moi à l'époque, je n'étais qu'un enfant, je les ai négligés et ils ont été engloutis par l'océan du temps.

Le souvenir pourtant est revenu, et il m'est resté.
La charge émotionnelle véhiculée par ces deux artefacts, conçus dans une période particulièrement violente de l'histoire du monde, avait tout de même marqué profondément mon jeune esprit.
Finalement j'en ai gardé une image très claire.

Le premier objet était un plumier d'écolier en bois, à deux étages. Il me venait de mon père, qui le tenait du sien.
Mon grand-père l'avait sculpté pendant sa détention dans un camp de prisonniers STO en Allemagne.

J'étais encore au cours moyen de l'école primaire quand l'usage de la plume fut remplacé par celui du stylo bille dans les écoles de la république.
De toutes façons, ce plumier était trop gros et trop lourd pour mon cartable, même si le dispositif d'ouverture articulé, à double détente, m'avait intrigué un moment.

Mon grand père finit par s'évader. Le plumier dans sa besace, il réussit à traverser à pied une partie de l'Allemagne, pour retrouver sa famille au milieu de la France ravagée par les armées de la seconde Guerre Mondiale.

L'autre objet venait de mon grand-père maternel, celui qui était directeur d'école.
Il était en cuivre, du cuivre rouge terne provenant de douilles de cartouches de guerre. C'était un étui destiné à protéger une boite d'allumettes, les longues allumettes de l'époque, celles pour allumer un feu de bois.
Il portait en saillie sur le dessus une large tête de mort, avec deux tibias croisés, et la mention en relief, en caractères gothiques : « death or glory ».

Il avait été offert à mon grand-père par un aviateur anglais de la RAF, parachuté en mission de reconnaissance en France occupée.
L'anglais, qui ne parlait que quelques mots de français, était resté caché je ne sais combien de temps dans un réduit de l'école avant que le réseau de résistance ne parvienne à l'exfiltrer.
Avait-il mis à profit ces journées d'enfermement pour fabriquer son étui ?

A la libération, ma grand-mère sortit de sa cachette le parachute en soie véritable, et le transforma en rideaux.
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# Posté le mercredi 09 mai 2007 12:45

Modifié le vendredi 06 juillet 2007 19:21